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2018 : Une année marquée par une «flambée de militantisme féminin»

Le 10 décembre 1948, l’Organisation des Nations unies adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme. Soixante-dix ans plus tard, Amnistie internationale dresse un bilan du chemin parcouru, mais met aussi en lumière certains aspects sur lesquels « l’humanité régresse » dans son rapport pour l’année 2018. Et si les femmes ont été les premières victimes des droits bafoués, elles ont aussi été au coeur de la contestation, soulève l’organisation.

Dans le document publié lundi, intitulé « Les droits humains aujourd’hui », le nouveau secrétaire général d’Amnistie internationale (AI) depuis août, Kumi Naidoo, parle d’une « indéniable flambée de militantisme féminin » lors de l’année 2018. En Inde et en Afrique du Sud, des manifestantes se sont opposées aux violences faites aux femmes. En Argentine, en Irlande et en Pologne, la population s’est levée pour réclamer un meilleur accès à l’avortement. En Iran, des dizaines de femmes ont retiré leur hidjab sur la place publique. En Arabie saoudite, elles ont réclamé (et obtenu) le droit de conduire. Un peu partout sur la planète, le souffle de #MeToo a entretenu le feu des revendications féminines.

Mais si de telles voix s’élèvent, c’est parce qu’il y a encore beaucoup à faire, explique celui qui s’est fait connaître comme militant anti-apartheid. « En 2018 encore, de nombreux gouvernements soutiennent ouvertement des politiques et des lois qui assujettissent et répriment les femmes », écrit M. Naidoo dans le texte introductif. Parmi les ratés rendus possibles par les États, le secrétaire général énumère le difficile accès aux contraceptifs, la timide lutte contre la violence domestique, la discrimination et les inégalités économiques.

Dans les zones de conflits armés, le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté des femmes est particulièrement malmené. Au Nigéria, en Irak, au Soudan du Sud ou au Myanmar, de nombreuses femmes subissent des violences sexuelles, « souvent aux mains des forces de sécurité de leur propre pays », soulignent les auteurs du rapport.

« Au Canada, les femmes autochtones risquent six fois plus d’être assassinées que les autres femmes », lit-on aussi dans le document. Car, qu’on le veuille ou non, les droits des femmes ne sont pas toujours respectés dans les pays occidentaux. Au Royaume-Uni, par exemple, les femmes épongent le plus lourd des mesures d’austérité que Londres a mises en place depuis 2010 en raison de leur plus grande dépendance aux prestations sociales, selon le rapport.

Droits et inégalités

D’ailleurs, les femmes sont davantage touchées que les hommes par les inégalités économiques qui se creusent d’année en année : 740 millions de femmes travaillent dans des secteurs informels « sans protection juridique et sans accès, ou presque, aux systèmes de sécurité sociale », écrivent les auteurs du rapport. Cette mise à l’écart les rend plus vulnérables aux coupes dans les programmes sociaux.

Et pour celles qui oeuvrent dans le secteur manufacturier, comme dans l’industrie du vêtement (où les femmes sont majoritaires), les inégalités ne sont pas près de se colmater. Le modus operandi du néolibéralisme, y compris la relocalisation des emplois vers des pays plus pauvres et la sous-traitance à des entreprises parfois peu scrupuleuses, met encore davantage de pression sur ces femmes.

Pour parvenir à l’égalité des genres, les auteurs du rapport recommandent aux États d’éliminer les disparités juridiques, de mieux appliquer les lois déjà en place et d’allouer des budgets conséquents à l’ampleur de la tâche. En 2019, AI va elle-même accroître son travail de pression sur les gouvernements pour s’assurer que les droits des femmes soient reconnus et protégés.

 

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