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Printemps arabe – Les Tunisiens votent en masse

Les Tunisiens se déplacent massivement dans les bureaux de vote. Neuf mois après la révolution qui a chassé l’ex-président Ben Ali, et donné le coup d’envoi du printemps arabe, ils doivent élire dimanche une assemblée constituante pour le premier scrutin libre de leur histoire, dont les islamistes d’Ennahda sont les grands favoris.

« L’affluence dépasse toutes les attentes », s’est félicité à la mi-journée le président de la commission électorale indépendante (Isie), Kamel Jendoubi. « Le taux de participation pourrait dépasser les 60 % », a-t-il ajouté lors d’un point de presse à Tunis.

Le commissaire électoral fait toutefois état de certaines « irrégularités » dans le déroulement du scrutin, citant notamment des « pressions sur les électeurs analphabètes » et des « SMS envoyés pour influencer le vote », sans citer aucun parti.

« Jusqu’à présent, c’est très positif, les gens sont calmes, heureux et font preuve de beaucoup de patience », a pour sa part déclaré Michael Gaelher, le chef de la mission d’observation de l’Union européenne.

Fièvre électorale

Les 8000 bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 07 h (06 h GMT) et fermeront à 19 h. Au petit matin, jeunes et moins jeunes formaient déjà de longues files d’attente devant les bureaux de vote. Tous attendent avec impatience de pouvoir glisser leur bulletin dans l’urne.

La majorité d’entre eux votent pour la première fois. « Avant, je ne faisais aucun effort pour venir voter, c’était une mascarade », raconte Salma Cherif, un médecin de 48 ans, en quittant le bureau de Mutuelleville, un quartier chic de la capitale, Tunis. Son index est couvert d’encre bleue, la marque indélébile que vont porter tous les votants pendant 48 heures.

« C’est un instant que nous attendions depuis longtemps », témoigne Ahmed, 50 ans, rencontré dans la queue qui s’est formée sur plusieurs centaines de mètres devant un centre électoral de Tunis. « Comment aurais-je pu le manquer ? Dans quelques instants, nous allons entrer dans l’histoire », ajoute-t-il.

Noureddine, un jeune électeur de 22 ans croisé à La Marsa, autre quartier huppé de la capitale, parle lui aussi d’une journée historique, d’un moment de fierté nationale. « Je suis très ému de voir la Tunisie vivre un jour comme aujourd’hui. Même dans mes rêves, je n’imaginais pas que le peuple se mobiliserait ainsi pour voter », observe-il.

En tout, plus de 7 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les 217 membres d’une assemblée constituante. Ils devront rédiger une nouvelle constitution et nommer un exécutif, lequel gouvernera jusqu’aux prochaines élections générales.

Pour le million de Tunisiens établis à l’étranger, le vote s’est achevé samedi. Au Canada, ils ont pu accomplir leur geste citoyen malgré l’opposition de principe d’Ottwa.

Coïncidence du calendrier: la Tunisie se rend aux urnes alors que son voisin libyen doit proclamer sa « libération totale », trois jours après la mort de Mouammar Kadhafi.

Le taux de participation reste la grande inconnue de ce scrutin marqué par la multiplicité des candidatures. Les électeurs doivent départager 11 686 candidats, répartis sur 1517 listes, présentées par 80 partis et des « indépendants » (40 %). Alors que la parité est obligatoire, les femmes ne sont que 7 % à mener des listes.

Les islamistes bien placés dans les sondages

Le vent de liberté qui a soufflé sur la Tunisie, premier pays du monde arabe à s’être émancipé d’un pouvoir autocratique, pourrait profiter aux islamistes du parti Ennahda (Renaissance).

Interdit sous Ben Ali, et durement réprimé sous l’ancien régime, Ennahda a été légalisé en mars. Selon différents sondages, la formation devrait arriver en tête à l’issue du scrutin, sans toutefois obtenir de majorité au sein de la future assemblée.

Durant la campagne, son chef, Rached Ghannouchi, a cherché à rassurer. Il s’est réclamé d’un islam modéré proche du parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie, l’AKP. Il a aussi promis de ne pas toucher au statut de la femme et prôné un gouvernement de large union.

Malgré les promesses de Ghannouchi, le camp laïc demeure inquiet. Il craint qu’en cas de large victoire, Ennahda puisse imposer des bouleversements sociétaux remettant en cause les valeurs laïques de la Tunisie.

Le succès électoral des islamistes serait une première dans le monde arabe depuis la victoire enregistrée en 2006 par le Hamas palestinien.

Des milliers d’observateurs déployés

Quelque 42 000 militaires et policiers ont été déployés pour assurer la sécurité du vote. Plus de 13 500 observateurs locaux et internationaux vont scruter le déroulement du scrutin.

Environ 1 500 journalistes, venus des quatre coins du monde, couvrent également l’événement.

Le dépouillement commencera dès la fermeture des bureaux de vote. Les premiers résultats tomberont dans la nuit. Le verdict définitif doit être communiqué lundi après-midi par l’Isie, la commission indépendante de l’exécutif qui a piloté tout le processus électoral.

Radio-Canada.ca avec AFP, Associated Press et Reuters

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