Le taux de participation aux élections constituantes en Tunisie a dépassé les 90 %, a annoncé la commission électorale indépendante (ISIE).
Neuf mois après la révolution qui a chassé l’ex-président Ben Ali et donné le coup d’envoi du printemps arabe, les Tunisiens se sont rendus aux urnes lors du premier scrutin libre de leur histoire, dont les islamistes d’Ennahda sont les grands favoris.
« Sur les 4,1 millions de personnes inscrites, plus de 90 % ont voté », a déclaré le secrétaire général de l’ISIE, Boubaker Ben Thaber.
Le président de la commission, Kamel Jendoubi, a toutefois fait état à la mi-journée de certaines « irrégularités » dans le déroulement du scrutin, citant notamment des « pressions sur les électeurs analphabètes » et des « SMS envoyés pour influencer le vote », sans citer aucun parti.
« Jusqu’à présent, c’est très positif, les gens sont calmes, heureux et font preuve de beaucoup de patience », avait pour sa part déclaré Michael Gaelher, le chef de la mission d’observation de l’Union européenne.
Fièvre électorale
Les 8000 bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 7 h (6 h GMT) et ont fermé à 19 h. Au petit matin, jeunes et moins jeunes formaient déjà de longues files d’attente devant les bureaux de vote.
La majorité d’entre eux votaient pour la première fois. « Avant, je ne faisais aucun effort pour venir voter, c’était une mascarade », racontait Salma Cherif, un médecin de 48 ans, en quittant le bureau de Mutuelleville, un quartier chic de la capitale, Tunis. Son index était couvert d’encre bleue, la marque indélébile que vont porter tous les votants pendant 48 heures.
« C’est un instant que nous attendions depuis longtemps », témoignait Ahmed, 50 ans, rencontré dans la queue qui s’est formée sur plusieurs centaines de mètres devant un centre électoral de Tunis. « Comment aurais-je pu le manquer ? Dans quelques instants, nous allons entrer dans l’histoire », avait-il ajouté.
Pour la première fois, je prends ma vie en main. Avant, ils m’ordonnaient de choisir le bulletin rouge de Ben Ali. Que la couleur soit dans nos vies, et pas sur les bulletins!
Noureddine, un jeune électeur de 22 ans croisé à La Marsa, autre quartier huppé de la capitale, parlait lui aussi d’une journée historique, d’un moment de fierté nationale. « Je suis très ému de voir la Tunisie vivre un jour comme aujourd’hui. Même dans mes rêves, je n’imaginais pas que le peuple se mobiliserait ainsi pour voter », observait-il.
Les électeurs ont choisi les 217 membres d’une assemblée constituante. Ces derniers devront rédiger une nouvelle constitution et nommer un exécutif, lequel gouvernera jusqu’aux prochaines élections générales.
Pour le million de Tunisiens établis à l’étranger, le vote s’est achevé samedi. Au Canada, plus de 50 % d’entre eux ont accompli leur geste citoyen malgré l’opposition de principe d’Ottawa, selon la commission électorale indépendante.
Coïncidence du calendrier : la Tunisie se rend aux urnes alors que son voisin libyen doit proclamer sa « libération totale », trois jours après la mort de Mouammar Kadhafi.
Les islamistes bien placés dans les sondages
Le vent de liberté qui a soufflé sur la Tunisie, premier pays du monde arabe à s’être émancipé d’un pouvoir autocratique, pourrait profiter aux islamistes du parti Ennahda (Renaissance).
Interdit sous Ben Ali, et durement réprimé sous l’ancien régime, Ennahda a été légalisé en mars. Selon différents sondages, la formation devrait arriver en tête à l’issue du scrutin, sans toutefois obtenir de majorité au sein de la future assemblée.
Durant la campagne, son chef, Rached Ghannouchi, a cherché à rassurer. Il s’est réclamé d’un islam modéré proche du parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie, l’AKP. Il a aussi promis de ne pas toucher au statut de la femme et prôné un gouvernement de large union.
Malgré les promesses de Ghannouchi, le camp laïc demeure inquiet. Il craint qu’en cas de large victoire, Ennahda puisse imposer des bouleversements sociétaux remettant en cause les valeurs laïques de la Tunisie.
Le succès électoral des islamistes serait une première dans le monde arabe depuis la victoire enregistrée en 2006 par le Hamas palestinien.
Des milliers d’observateurs déployés
Quelque 42 000 militaires et policiers ont été déployés pour assurer la sécurité du vote. Plus de 13 500 observateurs locaux et internationaux vont scruter le déroulement du scrutin.
Environ 1500 journalistes, venus des quatre coins du monde, ont couvert l’événement.
Radio-Canada.ca avec
Agence France Presse, Associated Press et Reuters




