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Visas de visiteurs temporaires De plus en plus de refus…
Jusqu’à 27% de demandes rejetées!

Assim Traoré, un résident de Gatineau, a un rêve tout simple : recevoir la visite de sa sœur. C’est pourtant un rêve de plus en plus difficile à réaliser pour de nombreux citoyens canadiens issus de l’immigration. Le taux de refus des visas de visiteur – appelés aussi visas de résident temporaire – est en hausse constante depuis cinq ans, et les visiteurs de certains pays sont particulièrement touchés.

Ma sœur n’est jamais venue en visite au Canada, raconte M. Traoré, qui est adjoint à la direction du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau. C’était pour moi une occasion de la faire venir pour lui montrer l’environnement dans lequel je vis et lui faire visiter le pays dont je suis citoyen et er de l’être, et voir aussi mes amis, ma femme et mes enfants. 

C’est avec beaucoup de fébrilité qu’il attendait l’arrivée de sa sœur à la fin du mois de
juin 2018. Mais les retrouvailles tant attendues n’ont jamais eu lieu. La demande de visa de visiteur de sa sœur a été refusée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Jointe au téléphone au Burkina Faso, la sœur de M. Traoré, Fatoumata Traoré, s’est dite déçue. Je ne le croyais pas. Tout le monde pensait que j’allais avoir mon visa. Je voulais voir mon frère, a-t-elle dit. Mais elle a dit avoir plus de peine encore pour ce dernier, qui tenait à sa visite et qui l’avait beaucoup aidée dans la préparation de son dossier.

Un refus choquant 

Dans sa lettre de refus, l’agent de visa arme qu’il ne croit pas que Fatoumata Traoré va retourner au Burkina Faso une fois son visa échu. Il invoque les deux raisons suivantes :

Je ne suis pas convaincu que vous avez des ressources financières suffisantes, y compris des revenus ou des biens, pour réaliser le présumé motif de votre venue au Canada ou pour subvenir à vos besoins pendant votre séjour au Canada et pouvoir ensuite quitter le pays ;

Ces motifs ne tiennent pas la route, selon son frère Assim, qui déplore le peu d’explications .J’étais très frustré et triste. Quand j’ai lu la lettre de refus, ça m’a encore plus choqu , dit- il.

Sa sœur avait fourni une série de documents attestant de sa situation financière, tels une lettre de son employeur, des relevés bancaires, les titres de propriété de son terrain et de son auto, une lettre de son frère qui s’engageait à lui fournir logement et nourriture durant son séjour, ainsi que des relevés bancaires de celui-ci et de sa conjointe, qui est enseignante.

Pour bien démontrer son intention de retourner au Burkina Faso, elle avait aussi mentionné qu’elle était mariée et mère de deux enfants, copies des actes de naissance à l’appui.

M. Traoré ne comprend pas qu’on reproche aussi à sa sœur ses voyages antérieurs, puisqu’elle n’a jamais voyagé à l’extérieur du Burkina Faso.

Mais il est difficile de tirer les choses au clair avec l’agent de visa. La lettre de refus n’est pas signée; il n’y a ni numéro de téléphone ni adresse courriel. Sa sœur peut déposer une nouvelle demande, mais elle ne sait pas quoi faire de plus pour convaincre Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada qu’elle entend retourner dans son pays.

Des portes qui se referment

Les demandes de visa sont étudiées au cas par cas, soutient le bureau du ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, qui nie toute discrimination. Les demandes du monde entier sont examinées de façon uniforme et en fonction des mêmes critères, écrit son directeur des communications, Hursh Jaswal, en réponse à nos questions.

Pourtant, comme l’indiquent les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada obtenues par Radio-Canada, de 2013 à 2017, le taux de refus des visas de visiteur est passé de 17 % à 25 %. Pour les six premiers mois de 2018, il a déjà atteint 27 %.

L’Afrique et le Moyen Orient particulièrement discriminés?… 

La situation est pire encore pour les ressortissants de certains pays d’Afrique et du Moyen- Orient, dont environ une demande sur deux est maintenant refusée. C’est notamment le cas pour les ressortissants du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun et de l’Irak.

Par le passé, la difficulté à obtenir des visas de visiteur a souvent été décriée par les universités et les organismes non gouvernementaux, qui peinent à faire venir des experts internationaux à l’occasion de leurs conférences.

Mais le drame des Canadiens issus de l’immigration qui sont coupés de leurs proches risque d’avoir des effets néfastes à plus long terme, selon Delphine Nakache, professeure de droit de l’immigration à l’Université d’Ottawa.

Ils ne peuvent pas comme d’autres citoyens se réunir avec leur famille, ne serait-ce que dans le temps de Noël. Ça peut éventuellement créer de la frustration, de l’isolement, et ça, ce n’est pas bon pour les perspectives d’intégration à long terme , explique-t-elle.

Des témoignages recueillis auprès d’autres citoyens canadiens issus de l’immigration font écho à cette détresse.

«Je m’ennuie de ma famille», dit pour sa part  Ibrahima Traoré (aucun lien de parenté avec Assim). L’année dernière, il a tenté de faire venir son frère de la Côte d’Ivoire. Vérificateur à Revenu Québec à Montréal, M. Traoré s’est alors porté garant de toutes les dépenses liées au séjour de son frère. Ce dernier s’est vu refuser un visa de visiteur. L’agent de visa a mis en doute son intention de retourner en Côte d’Ivoire.

«Si mon frère ne peut pas facilement venir me voir au Canada, est-ce que je suis vraiment citoyen canadien? s’interroge M. Traoré. Ce n’est qu’une visite. 

Plus tôt cette année, Mireille, une enseignante d’Ottawa qui a demandé qu’on taise son nom de famille, a tenté d’accueillir sa sœur qui vit au Cameroun, en vain. L’agent de visa a invoqué la raison de [sa] visite et [ses] voyages antérieurs pour refuser sa demande, mais sans plus de précisions. Des motifs que Mireille s’explique mal, puisque ce séjour au Canada aurait été un premier voyage à l’étranger pour sa sœur, qui désirait tant la voir.

Si tous se disent heureux et ers d’être devenus des citoyens canadiens en bonne et due forme, jamais ils n’auraient cru ne pas pouvoir accueillir leurs proches en visite.

«Je me sens un peu seule ici, avoue Mireille. J’ai des amis, c’est sûr. Mais j’aimerais pouvoir recevoir ma famille de temps en temps, quitte à ce que je signe un papier disant qu’ils vont retourner. Ça ne me dérange pas». 

Canadiens de troisième zone 

«C’est comme si, en fait, on était des citoyens canadiens de seconde zone. Nous sommes Canadiens, mais le fait que nous sommes originaires de pays pauvres, on n’a pas la possibilité de faire venir nos parents juste pour nous rendre visite», se désole Assim Traoré.

«Je dirais citoyens de seconde zone et peut-être même de troisième zone», renchérit la professeure Nakache. Elle explique que tous les Canadiens issus de l’immigration ne sont pas égaux. Les visiteurs de plusieurs pays développés, comme les pays européens, n’ont pas besoin de visa pour venir au Canada. Les Canadiens qui ont des proches dans ces pays peuvent donc les accueillir ici facilement, contrairement aux Canadiens issus des autres pays.

Mme Nakache est bien placée pour le savoir. Comme Canadienne d’origine française, elle dit qu’il est facile pour elle de faire venir ses parents à l’occasion. Un simple formulaire à remplir (Autorisation de voyage électronique) et des frais de 7 $ suffisent.

Par contraste, un visa de visiteur coûte 100 $ par personne ou 500 $ par famille et s’accompagne d’une série d’exigences complexes.

Les pays qui figurent sur la liste pour lesquels un visa est requis sont traditionnellement des pays qui sont considérés comme des pays producteurs de réfugiés. Ce sont des pays, en fait, qu’on cible volontairement, de manière à empêcher les gens de venir au Canada , arme Mme Nakache.

L’Orient et l’Occident ne sont pas égaux…

Toutefois, comme le montrent les chiffres d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, tous les pays dont les ressortissants ont besoin d’un visa n’affichent pas les mêmes taux de refus.

Si le Canada ferme davantage la porte aux visiteurs de certains pays, on pourrait croire que c’est parce qu’ils sont plus nombreux à rester ici après l’expiration de leur visa. Or, le gouvernement canadien nous a admis qu’il est incapable de dire combien de visiteurs ne quittent pas le Canada une fois leur visa échu.

En 2016, le gouvernement Trudeau a déposé un projet de loi – la Loi modifiant la Loi sur les douanes – qui permettrait au Canada de savoir à quel moment les visiteurs quittent le pays, mais ce projet de loi n’a toujours pas été adopté.

«Une fois exclus les demandeurs de visa qui ont des antécédents criminels ou qui posent un risque pour la sécurité, sur quoi le gouvernement canadien se fonde-t-il pour refuser autant de visiteurs de certains pays?» se demande la professeure Nakache.

«Si ça ne repose pas sur des critères objectifs, qu’on a des taux de refus tellement importants qui sont basés sur la présomption que la personne va rester au Canada alors qu’on ne peut pas prouver que, dans les faits, les ressortissants de ces pays-là dépassent les termes de leur visa, alors là, c’est inquiétant», dit-elle.

 

Rubriques : Immigration, Justice Mots-clés : , ,
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