Entretien
  Entretien exclusif
Lise Thériault, Ministre de l’immigration et des communautés culturelles, et la lutte contre le racisme


Il y un consensus clair quant à la nécessité et à l’urgence de lutter contre le racisme et la discrimination
Atlas.Mtl : On fait grand bruit d’un récent sondage sur le racisme au Québec. D’après vous Madame la Ministre, quelle est l’opportunité de telles initiatives ?

Lise Thériault :
Un sondage reste un sondage. C’est-à-dire que c’est comme une photo faite à un moment précis d’une situation donnée. Rappelons que le sondage a été fait en décembre dernier alors que l’accommodement raisonnable était aux bulletins de nouvelles tous les jours. Même si on peut remettre en question la méthodologie du sondage ou certaines interprétations de ce sondage, il aura au moins eu la qualité de faire surgir sur la place publique un débat sur un questionnement important pour une société telle que la nôtre. C’est un très bon outil pour amorcer une réflexion Il est sain et souhaitable que les citoyens québécois de toutes origines puissent discuter ouvertement de leurs préoccupations. Le Québec augmente ses niveaux d’immigration et l’immigration devient un enjeu mondial. Un débat comme celui qui a animé nos discussions se fait partout à travers le monde. Il est important devant les résultats du sondage de dire que ce n’est pas vrai que les québécois sont racistes à 59%. Nous vivons dans une société tolérante et ouverte. Il est donc essentiel quand on aborde ce sujet de faire une différence entre le racisme, la xénophobie, l’intolérance et les préjugés. On ne peut être faiblement raciste. On l’est ou on ne l’est pas. Mais on peut être intolérant vis-à-vis certaines situations qui bousculent nos valeurs.

Atlas.Mtl : Que fait le gouvernement pour pallier aux problèmes de racisme et de discrimination?

Lise Thériault :
Le gouvernement est à l’avant-garde, il n’a pas attendu les réactions dans les médias ou les sondages pour réagir à des indices de malaise dans la société québécoise. Il a pris les moyens pour faire de la prévention contre le racisme et la discrimination. L’enseignement des religions dans toutes nos écoles à partir de septembre 2008, l’adoption d’une motion contre les tribunaux religieux pour réitérer nos valeurs en mai 2005, la consultation sur la pleine participation des communautés noires à la société québécoise à l’automne 2005 et le dépôt du rapport en avril 2006, le comité mis sur pied par le Ministère de l’Éducation sur les accommodements raisonnables dont le rapport est attendu à l’été 2007, l’étude du Conseil du statut de la femme sur la diversité religieuse et le droits des femmes, le comité de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse qui étudie la place de la religion dans les endroits publics et finalement la consultation publique sur une politique de lutte contre la discrimination et le racisme qui mènera à la politique gouvernementale et à un plan d’action au printemps 2007, voilà quelques actions concrètes du gouvernement.

Atlas.Mtl : Où en est le projet de politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination?

Lise Thériault :
Comme vous le savez sans doute, une commission parlementaire sur la lutte contre le racisme et la discrimination s’est tenue à l’Assemblée nationale, l’automne dernier. Au cours de cette consultation publique, à laquelle s’est jointe l’opposition officielle, 124 mémoires ont été présentés par des citoyens, des organismes et des institutions représentant la société civile. Il s’est dégagé un consensus clair quant à la nécessité et à l’urgence que le Québec se dote d’une politique en cette matière. Et c’est ce que le gouvernement a l’intention de faire dès le printemps prochain avec la mise en œuvre d’une politique et d’un plan d’action qui feront du Québec la première province canadienne à se doter de tels outils pour combattre le racisme.

Nous voulons que le Québec reste un endroit où il fait bon vivre.

Atlas.Mtl : Vu l’état des relations interculturelles, sommes-nous entrés dans une « zone de turbulences »?

Lise Thériault :
Au Québec, de façon générale, les relations interculturelles se développent harmonieusement. Cependant, il existe des données, des chiffres et des faits qui nous ont mené à faire le constat qu’il existe bel et bien une problématique. Ce constat nous a guidé vers les actions prises par le gouvernement libéral depuis trois ans. Nous sommes vigilants et proactifs, nous voulons que le Québec reste un endroit où il fait bon vivre. Nous voulons que les gens qui ont choisi le Québec pour ses valeurs d’égalité, de paix, de tolérance et de justice sociale, soient fiers d’être québécois autant que les personnes nées au Québec. Le véritable défi qui attend l’ensemble des Québécois, et qui engage déjà le gouvernement, est de mieux coordonner nos efforts pour contrer le racisme et la discrimination. Ce que nous visons avec cette politique c’est l’égalité. L’égalité de fait et l’égalité des chances. J’ai l’assurance que les Québécois sont prêts à poursuivre les efforts et à rendre le Québec encore plus fier de l’apport des personnes immigrantes et de la richesse de sa diversité.

Vous êtes Maghrébins, vous êtes Québécois, vous êtes Canadiens

Atlas.Mtl : Madame la Ministre avez-vous un message pour les maghrébins du Québec?

Lise Thériault :
Depuis 2003, le gouvernement dont je fais parti a contribué fortement à faire pour tous, un Québec fier de sa diversité. Nous avons le privilège de vivre dans une société ouverte et tolérante. Une société qui, de par ses valeurs de partage et de liberté, contribue à faire un monde meilleur où il est primordial de respecter les richesses de chacun. Une société qui a été bâtie par des gens venus d’ailleurs, qui ont mis en commun leurs valeurs et leurs ambitions. Vous êtes Maghrébins, vous êtes Québécois, vous êtes Canadiens, nous ne devons pas vous demander de choisir entre vos différentes identités mais plutôt de les mettre en commun pour enrichir le Québec de demain.

Groupe Atlas medias
Montréal, 25 janvier 2007
Journal Atlas.Mtl numéro 49 du 25 janvier 07