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Canada, portrait de famille

Niveaux d’éducation et emploi sous la loupe de Statistique Canada

En mai 2016, 17,2 millions de personnes occupaient un emploi au Canada, selon les données du recensement 2016 dévoilées mercredi29 novembre 2017 par Statistique Canada.

Ce portait de l’emploi et du « nouveau visage de la scolarité » au pays confirme que les Canadiens s’instruisent plus longtemps dans le but de décrocher un emploi qui leur ouvre davantage de portes. Leurs habitudes de travail ont aussi évolué au rythme des changements économiques et sociaux, comme le vieillissement de la population.

« Il y a eu une diminution prononcée dans le secteur de l’emploi manufacturier. On s’en va dans une économie de services », résume la directrice à la division de la statistique du travail, Josée Bégin, confirmant la tendance amorcée il y a 50 ans déjà.

Les Canadiens plus instruits que jamais

Les Canadiens prennent goût aux études, misant plus que jamais sur le postsecondaire. Près des deux tiers d’entre eux avaient plus qu’un diplôme secondaire en poche en 2016. Et plus de la moitié des 25 à 64 ans avaient même terminé des études collégiales ou universitaires.

La majorité des diplômés universitaires résident dans les provinces les plus populeuses du pays, soit l’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Québec, tandis que les provinces de l’Atlantique accueillent davantage de diplômés collégiaux.

À l’international, le Canada se classe même au premier rang des pays de l’OCDE en ce qui a trait à la proportion de ses diplômés collégiaux et universitaires, selon Statistique Canada.

Les immigrants plus instruits que le reste des Canadiens

Quatre immigrants sur 10 âgés de 25 à 64 ans détenaient en 2016 une formation universitaire, alors que moins du quart des Canadiens nés au pays avait un niveau de scolarité similaire. L’écart est d’autant plus grand à la maîtrise et au doctorat.

Par ailleurs, environ le tiers des réfugiés qui ont obtenu leur résidence permanente ont mis à niveau leur scolarité en s’installant au Canada. C’est la première fois que le recensement propose des données sur cette catégorie d’immigrants.

Les femmes surclassent les hommes

Depuis 2011, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à décrocher un diplôme d’études postsecondaires. Elles optent aussi plus souvent pour la formation universitaire. D’ailleurs, pour la première fois en 2016, plus de femmes que d’hommes âgés de 25 à 34 ans sont titulaires d’un doctorat acquis. Il s’agissait de la seule catégorie d’études universitaires où les hommes étaient encore majoritaires cinq ans plus tôt.

Les hommes sont pour leur part plus nombreux à s’intéresser aux programmes de formation des apprentis.

Des études à l’emploi

La majorité des diplômés canadiens de 25 à 64 ans ont opté pour des domaines tels que la santé, l’enseignement et les communications, notamment. La croissance de l’emploi a d’ailleurs été plus forte dans le secteur des services, qui employait en 2016 plus de 13,7 millions de travailleurs. Le commerce de détail demeure aussi largement représenté.

«Il y a une transformation du marché du travail. Mais la majorité des emplois sont encore dans le secteur des services et demandent un niveau de qualifications plutôt limité» estime Philippe Hurteau, de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques.

D’importants écarts sont aussi observés dans les catégories professionnelles chez les hommes et chez les femmes. Ils étaient, par exemple, trois fois plus nombreux dans le secteur de la haute technologie, et elles étaient quatre fois plus nombreuses dans le secteur de la santé.

Diplômés et surqualifiés

En général, le taux d’emploi augmente à mesure que s’accroît le niveau de scolarité. Mais encore faut-il que les Canadiens puissent se placer dans leur domaine une fois leurs études terminées.

Environ 30 % des gens sur le marché du travail sont surqualifiés par rapport à l’emploi qu’ils occupent, selon Philippe Hurteau. Être surqualifié indique qu’un bachelier, par exemple, exerce une profession qui ne nécessite habituellement que des études secondaires. « On dit aux gens d’aller chercher des diplômes universitaires, de premier, de deuxième et même de troisième cycle pour être à la fine pointe des connaissances et du savoir, pour être compétitifs sur le marché du travail », poursuit le chercheur. «Mais concrètement, en sortant de l’université, les gens sont très souvent obligés d’accepter des emplois qui ne sont pas en lien avec leur parcours ou qui n’utilisent pas l’ensemble des savoirs acquis».

Les jeunes diplômés dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du génie, de l’informatique et de l’information sont plus susceptibles d’occuper un emploi dans leur domaine. Au contraire, ceux qui détiennent un diplôme en sciences humaines et sociales ou en arts risquent davantage de se réorienter.

« Ce qu’on voit, c’est qu’en sciences humaines et en arts, ils ont étudié dans des domaines plus génériques, ce qui fait en sorte qu’ils pourront travailler dans des domaines connexes, pas nécessairement liés à leur domaine d’études principal », indique Josée Bégin, de Statistique Canada. Mais le constat, selon Philippe Hurteau, c’est que « les emplois qui demandent des maîtrises et au-delà sont très rares sur le marché du travail. Il est loin d’être évident qu’on va vivre dans une économie qui va demander des bacheliers et des maîtres, du moins pas autant qu’on en produit et qui sort de nos écoles. »

Les femmes en mode rattrapage

Depuis 25 ans, la représentation des femmes sur le marché du travail est en hausse.

« Ce qui est encore plus observable ceci étant dit, c’est l’écart qui existe [entre les hommes et les femmes] à l’intérieur du marché du travail, ajoute Philippe Hurteau. Oui, les femmes participent plus qu’avant, mais on voit qu’à participation égale, elles n’ont pas les mêmes débouchés d’emploi que leurs collègues masculins. »

Les hommes ont encore tendance à gagner plus que les femmes pour un domaine d’études et un niveau de scolarité comparables. En 2015, ces dernières gagnaient moins que les hommes dans l’ensemble des niveaux de scolarité, selon Statistique Canada, qui explique que les « divergences quant aux domaines d’études ne sont qu’un des facteurs qui contribuent à cet écart ».

À diplôme égal, les femmes ont même des retards de rémunération qui oscillent entre 11 % et 20 % par rapport aux hommes, note Philippe Hurteau. Par exemple, en 2015, les femmes gagnaient 82,1 % des salaires de leurs homologues masculins pour des emplois liés aux sciences, aux mathématiques et au génie, selon les données du recensement.

Le taux d’emploi s’effrite au pays

Le taux d’emploi diminue depuis 2006, principalement en raison d’une présence moins forte des hommes et des jeunes de 15 à 24 ans sur le marché du travail. Il est passé de 62,6 % à 60,2 % en 10 ans.

Les taux d’emploi ont en contrepartie augmenté chez les femmes et les immigrants, ainsi que chez les personnes âgées de plus de 65 ans.

Toujours au travail après 65 ans

Les personnes âgées sont plus scolarisées que celles des générations précédentes. Elles sont aussi plus nombreuses que jamais à travailler, même une fois passé l’âge traditionnel de la retraite.

Un Canadien sur cinq âgé de 65 ans et plus a déclaré avoir travaillé en 2015, soit deux fois plus qu’il y a 20 ans. Près de 6 % des personnes âgées travaillaient même toujours à temps plein.

Bien que, par le passé, les aînés quittaient le marché du travail à l’âge de la retraite, le renversement observé il y a 20 ans a permis d’atteindre le niveau record d’activité de 2016.

La forte présence des personnes âgées sur le marché du travail est liée à plusieurs facteurs, selon Statistique Canada. Mais l’agence fédérale ajoute qu’elles le font soit par choix, soit par nécessité.

Il y a beaucoup de gens qui demeurent longtemps en emploi parce qu’ils n’ont pas eu accès à des conditions de retraite qui leur permettaient de prendre leur retraite à l’âge qu’ils le désiraient remarque-t-on cependant.

Aussi, les 65 ans et plus ont aujourd’hui une meilleure santé, ce qui leur permet de rester actifs plus longtemps sur le marché du travail. Leur scolarité, puisqu’un plus grand nombre d’entre eux détiennent aujourd’hui un diplôme universitaire, offre en outre aux aînés de bons salaires dans des secteurs d’emploi qui nécessitent moins de travail manuel. Il y a des emplois qui, il y a 15 ou 20 ans, se libéraient pour les plus jeunes plus rapidement et qui, aujourd’hui, demeurent occupés, ce qui peut ralentir un certain roulement entre le passage d’une génération à l’autre ».

Mais il s’agit somme toute d’un équilibre, selon Statistique Canada. « Les aînés qui continuent à travailler compensent pour les jeunes gradués qui prennent plus de temps à entrer sur le marché du travail », explique la directrice à la division de la statistique du travail, Josée Bégin.

Loin d’être une mauvaise nouvelle, cette réalité illustre en fait la transformation de la société canadienne et son impact sur le marché du travail.

Vers une transformation majeure du marché du travail

Les études postsecondaires sont essentielles à la prospérité future du pays, selon les observations de Statistique Canada.

« Pendant de nombreuses années, on a insisté sur la scolarité universitaire, qui, c’est vrai, offre de meilleurs salaires », rappelle le professeur titulaire en gestion des ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal Denis Morin. Il souligne cependant qu’une pénurie de main-d’œuvre frappe maintenant les secteurs techniques, et même celui du commerce au détail. ««C’est beau la formation universitaire. Il faut la valoriser, mais il y a peut-être une révision majeure à faire pour mieux s’adapter à la réalité du marché du travail» affirme-t-il.

Ottawa a, par exemple, investi massivement pour l’éducation dans des domaines tels que les métiers, la science, la technologie, le génie et les mathématiques, ce qui donne aujourd’hui des résultats concrets.

Ces investissements vont se poursuivre, selon Denis Morin. « Avec l’intelligence artificielle, de nombreux emplois vont disparaître dans les 10 prochaines années. […] Il faudra ajuster nos programmes de formation, même à l’université, pour valoriser encore davantage la formation technique basée sur les sciences et la technologie. »

Ce tournant sur le marché du travail se fera, selon lui, au cours des 20 prochaines années.

Encadré 1 (en bas à droite en page 14)

En pourcentages : Effectifs                                                                            dans les 10 principaux                                                                                      secteurs d’emploi 

1 Soins de santé et assistance sociale 11,5 %
2 Commerce de détail 11,3 %
3 Fabrication 8,6 %
4 Construction 7,3 %
5 Services d’enseignement 7,2 %
6 Services professionnels, scientifiques et techniques 7,2 %
7 Hébergement et services de restauration 6,9 %
8 Administrations publiques 6,0 %
9 Transport et entreposage 4,7 %
10 Autres services (sauf les administrations publiques) 4,4 %

Niveaux d’éducation et emploi sous la loupe                de Statistique Canada

Suite du texte de la page 14

Encadré 2 (en bas à droite en page 15)

Les 5 professions préférées

Chez les hommes
1 Conducteurs de camions de transport
2 Vendeurs – commerce de détail
3 Directeurs – commerce de détail et de gros
4 Concierges et surintendants d’immeubles
5 Aides de soutien des métiers et manœuvres en construction
Chez les femmes
1 Vendeuses – commerce de détail
2 Infirmières autorisées et infirmières psychiatriques autorisées
3 Caissières
4 Enseignantes aux niveaux primaire et préscolaire
5 Adjointes administratives

Source: Statistique Canada

 

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