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On les côtoyait sans les connaitre et presque sans les voir…

On les côtoyait sans les connaitre et presque sans les voir…Il a fallu un drame sans nom pour qu’on se rende compte que du sang coule dans leurs veines, que même s’ils se réunissent pour prier dans une mosquée – supposés lieux de mystères effrayants et antres de complots –  ce sont de bons époux, de bons pères de familles, qu’ils ont des rêves et des espoirs, qu’ils aiment les leurs et les autres…

On s’aperçoit que ces musulmans sont dans la vie des enseignants-chercheurs en renom, qui, signe suprême d’intégration, au lieu de l’agronomie en zone aride à laquelle aurait pu les prédestiner leur origine géographique, se spécialisaient plutôt dans le froid pour mieux servir leur société de vie.

Un traumatisme brutal  qui va nous hanter longtemps

On s’aperçoit aussi que tout docteurs en géologie qu’ils puissent être, ils peuvent être commerçants par choix par souci de servir leurs concitoyens et que dans cette autre vie, ils sont généreux comme nul autre, au point de dire «personne n’aura faim en sortant de chez moi» lorsque qu’à son su, une cliente dans le besoin se verra obligée de renoncer à une partie de ses achats faute d’argent; que cette générosité ira jusqu’au sacrifice de sa propre vie pour éviter un carnage.

On se rend compte qu’ils sont dentistes, pharmaciens, informaticiens ou fonctionnaires; qu’ils sont comme nous, qu’ils sont partie de ce Nous qui devrait nous transcender tous…

Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui? Un souvenir, un souvenir de violence injuste, injustifiée et injustifiable. Six veuves et quinze orphelins; huit familles dont les protecteurs et pourvoyeurs vont être plongées dans la précarité pour plusieurs semaines dans le meilleurs des cas, pour toujours dans le pire.

Qu’en reste-t-il aussi? Un traumatisme collectif brutal qui nous hantera longtemps; aussi longtemps que celui de la pénible fusillade de l’École Polytechnique dont les effets sur nos valeurs n’ont toujours pas fini d’être mesurés malgré le temps…

Le prix de la différence, le poids de l’indifférence

Dans les deux cas en effet, c’est la différence qui a été attaquée; attaquée par l’ignorance, une ignorance qui créée la peur, la peur qui devient haine et la haine qui génère la violence.

Le phénomène a aujourd’hui attaqué un segment particulier de la population québécoise et canadienne «coupable» de sa foi, l’Islam.

Nombreux sont ceux, après coup, qui affirment aujourd’hui «avoir vu venir le drame». Nous ne sommes pas du nombre. Nous avons  crus cependant comme eux tous, qu’à force de laisser se développer les discours haineux de tous acabits, nous finirions par perdre notre âme et faire perdre son âme au Québec.

C’est pour cela que nous avons maintes fois appelé à prendre des mesures contre ce genre de discours qui, même déguisé en «liberté d’expression» n’en constitue pas moins une agression, une agression mentale aux effets bien plus pernicieux qu’une agression physique; avec cette particularité qu’il peut mener à la dérive aussi bien celui qui le professe que celui qui l’écoute, celui qui l’utilise pour intimider autant que celui qu’il prétend intimider.

Car le discours haineux, contrairement à une opinion respectable quelque rude et acerbe qu’elle puisse être, ne se fonde sur aucun argument raisonnable, aucune réflexion fondée.

Il y a peut-être moyen d’agir autrement

Et nous sommes restés si longtemps passifs – pour ne pas dire indifférents – à ce genre de faits, qu’ils s’en sont trouvés banalisés, presque légitimés. Au point que les groupes d’extrême droite se sont jugés fondés à sortir de l’ombre, à semer les germes d’une épidémie, à créer une atmosphère délétère qui nous laisse tous désarmés.

Alors, de grâce!, cessons de confondre liberté d’opinion et discours haineux; revoyons nos définitions de l’un et de l’autre de ces concepts, afin que la liberté demeure liberté et que la démocratie ne soit plus constamment sous la menace de l’acte fou de quelque illuminé…

Et il n’y a pas que nous pour penser ainsi. Le grand patron de la GRC, le commissaire Bob Paulson, questionné sur les moyens de prévenir de telles tragédies lors d’un comité sénatorial à Ottawa a répondu croire qu’il faut être attentif « aux débats chargés de haine » et « examiner les lois en vigueur ». « Il y a peut-être une façon d’agir de manière préventive », a-t-il ajouté.

Abdelghani Dades

 

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