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La rentrée 2016, entre rhétorique et bon sens…

La rentrée 2016, entre rhétorique et bon sens…L’été aura été court et les vacances assurément peu reposantes pour les classes politiques Canadienne et Québécoises.

Entre une controverse fédérale sur les dépenses somptuaires de membres du gouvernement et une «affaire» provinciale – l’«affaire Rona» – qui a débouché sur la démission d’un titulaire de portefeuille et un remaniement (un «ajustement ministériel» dit le discours officiel; c’est en effet bien le moins que l’on puisse dire!

Et encore! On a (heureusement) échappé (de peu)  à un de ces débats vains et oiseux que certains «fans» de l’Europe de droite – de moins en moins mesurée et de plus en plus xénophobe – en l’occurrence la question du burkini.

C’est quoi ça, le burkini?

Pour d’aucun, c’est un  «symbole d’oppression»; en vérité, ce n’est que l’une des manifestations de deux sortes d’intérêts convergents :

  • – un intérêt mercantile défendu par des marchands de tissus qui veulent s’ouvrir une nouvelle niche de marché en commercialisant un nouveau «produit hallal», vestimentaire celui-là, alors même que la notion de hallal est essentiellement alimentaire;
  • – un intérêt bassement politicard, brandi comme on le ferait d’un principe fondamental, par des vieux chevaux de retour, croyant que la meilleure des armes pour une chasse aux votes est le populisme.

L’essentiel est ailleurs…

De notre point de vue, que nous croyons sage, l’essentiel est ailleurs. Il est par exemple dans les travaux des Commissions parlementaires de l’Assemblée Nationale du Québec. Avec notamment, le contenu des discussions dont est l’hôte la Commission des Relations avec les Citoyens, notamment la Consultation générale sur la planification  2017-2019 de l’immigration au Québec.

À cet effet, soulignons les contributions de citoyens issus des communautés culturelles venues rappeler certaines vérités sur les situations dramatiques vécues par certains segments de la population du Québec.

En particulier on relèvera les réflexions livrées sur la situation face à l’emploi, non seulement des futurs arrivants, mais aussi de bon nombre de personnes plus anciennement installées.

Des faits et des chiffres

Sur ce point, il a été notamment rappelé à l’attention des membres de la Commission, ces chiffres qui datent de 2004, révélés dans le cadre des travaux de la Table Maghreb de ce qui s’appelait encore le Ministre de l’Immigration et des Communautés Culturelles.

Ces chiffres, afférents à la prévalence du chômage et du sous-emploi dans les communautés issues de l’immigration, avaient eu l’effet d’un électrochoc.

Les taux de qualification dans les groupes démographiques non natifs du pays, largement supérieurs à la moyenne n’empêchaient en effet pas des taux de chômage tout aussi supérieurs aux moyennes nationales et ceci même sans tenir compte de l’emploi en surqualification, forme de chômage méconnu et non quantifié.

Ainsi dans les segments de la population issus de l’immigration, si le taux de qualification (personnes en âge actifs; bac+3 à bac+15 et est expérience professionnelle significative) s’établissait autour de 50%, le taux de chômage culminait à 24,6%.

Ces moyennes cachaient en outre de grandes disparités selon les bassins géographiques d’immigration. Une analyse, même sommaire, des données statistiques disponibles laissait ainsi apparaitre des situations plus critiques encore.

Ainsi, pour ce qui concerne le segment des originaires du Maghreb, le taux de chômage avoisinait-il les 29% (28,6% contre 7,7% en moyenne au Québec à ce moment-là) alors que le taux de qualification s’établissait aux alentours de 65% dans une population au surcroît francophone à plus de 85%.

Ces écarts résultaient incontestablement de l’application de critères de sélection des candidats à l’immigration au Québec qui, au motif de «choisir les meilleurs pour le Québec», permettait l’arrivée de détenteurs de compétences et habiletés supérieurs aux besoins réels en compétences de l’économie.

Les autorités compétentes ont en conséquence entamé un travail de réajustement des critères de sélection qui, semble-t-il, à commencé à donner ses premiers résultats.

Des progrès, mais… 

On apprenait, fin 2013, que le taux de chômage dans les segments de population issus de l’immigration était tombé des 24,6% de l’année 2004 à 16,8%.

Il n’a cependant pas été possible d’obtenir de chiffres ventilés selon les régions d’origines; ce qui peut laisser croire que la communauté des originaires du Maghreb est encore défavorisée et continue de se heurter à de gros obstacles en matière d’accès à l’emploi, étape incontournable à l’inclusion et à l’optimisation des apports à la société de vie. On n’en voudra pour preuve que la présence en grand nombre d’originaires du Maghreb dans des activités de services subalternes : travaux d’utilité générale, préposés aux bénéficiaires, chauffeurs de taxis et responsables de services de garde en milieu familial; certes générateurs de revenus; mais également d’instabilité professionnelle et sociale et générateurs en conséquence de coûts sociaux pour les concernés et de coûts financiers – via les prestations de derniers recours et autres – pour la collectivité. Les difficultés actuelles du secteur du taxi et de la garde d’enfants en milieu familial laissent même planer le spectre d’une aggravation de cette situation; ce qui manquera de réduire, peut-être grandement, la portée et les effets des mesures et initiatives gouvernementales visant à l’inclusion des originaires de l’immigration comme des nouveaux arrivants.

Au grand dam des rhéteurs tonitruants…

Devant de telles situations, que pèse un burkini? Que peut bien peser le salaire d’un photographe ministériel?

Non, comme nous l’écrivons plus haut, l’essentiel est ailleurs. Et si l’on aime le Québec et le Canada, si l’on est vraiment soucieux de l’avenir de notre pays, c’est à la recherche de cet essentiel que l’on doit consacrer temps et énergie; sans se perdre dans ces vains débats que nous proposent medias-spectacle et politicien obnubilés par des urnes qui, de toutes façons, ne se rempliront jamais au bénéfice des rhéteurs-faux témoins les plus tonitruants…

Abdelghani Dades

 

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