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Québec. L’«annus horribilis» de Pierre-Karl Péladeau

Québec. L’«annus horribilis» de Pierre-Karl Péladeau

Pierre Karl Péladeau

Moins d’un an après avoir été couronné chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau quitte la vie politique. C’est un homme visiblement ébranlé qui en fait l’annonce lundi 2 mai 2016, expliquant son « choix déchirant » par des raisons familiales.

Interviewée par les media, l’ancienne première ministre péquiste Pauline Marois s’est dite « très émue par sa déclaration », mais a dit « respecter sa décision ».

«Je suis profondément attristée parce que je crois que c’est un homme de grand talent, de grande valeur, qui apportait beaucoup au Parti québécois.» a déclaré Mme Marois.

« C’est vrai qu’il a été en apprentissage pendant un certain temps, mais je crois qu’il était retombé sur ses pieds dernièrement. Et c’était particulièrement intéressant de le voir assumer cette responsabilité », a-t-elle ajouté.

«Un homme fatigué, défait…»

Évoquant une « onde de choc », le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel, a témoigné beaucoup d’empathie à l’endroit de son adversaire politique. « J’ai vu un homme fatigué, défait », qui désire se consacrer au bien-être de ses enfants. « C’est triste », a-t-il soutenu.

La direction de Québecor, dont Pierre Karl Péladeau est actionnaire de contrôle, a dit avoir appris la nouvelle en même temps que « l’ensemble de la population québécoise ». « Nous prenons acte de sa décision de se consacrer à sa famille et lui témoignons toute notre amitié et notre soutien dans les circonstances », a-t-elle déclaré dans un bref communiqué. « En tout respect pour monsieur Péladeau, la société n’entend pas faire d’autres commentaires publics sur le sujet. »

Une année assurément difficile                                                                                                                                  sur tous les plans

Rien ne permet de douter que les « raisons familiales » invoquées par Pierre-Karl Péladeau sont réelles et légitimes, et on ne peut que ressentir de la sympathie pour ce qui est, avant tout, une situation très personnelle et très difficile.

Reste que s’il faut faire un bilan de cette année de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ, il faut conclure que rien ne s’est passé comme prévu. Même s’il savait que la politique allait exiger de lui une transition qui est toujours compliquée, il en avait sans doute sous-estimé toute la difficulté.

D’abord, parce que, sur le plan personnel, ce que demande la politique est infiniment plus exigeant qu’être à la tête d’une grande société du secteur privé. La politique est le secteur d’activité qui rend illusoire toute conciliation travail-famille.

C’est dans ce contexte qu’on peut examiner les montagnes russes de sa vie personnelle au cours des derniers mois. Il est entré en politique au printemps de 2014, quelques semaines à peine après avoir annoncé sa séparation avec Julie Snyder.

Quelques semaines plus tard, ils se réconciliaient, puis annonçaient leurs fiançailles presque au moment où commençait officiellement la course à la direction du PQ. Le mariage, très médiatisé, eut lieu en été et, moins de six mois plus tard, c’était une nouvelle rupture. Tout cela a eu, bien entendu, des effets sur sa vie professionnelle et politique.

Sur le plan plus strictement politique, l’année de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ a été difficile. Les choses allaient un peu mieux ces dernières semaines, mais l’apprentissage comme chef de parti a été difficile. Il était loin de dominer les débats de l’Assemblée nationale et devait souvent laisser les projecteurs à ses députés plus au fait des dossiers que lui.

M. Péladeau était très apprécié des militants péquistes – qui l’ont toujours vu comme celui qui allait les conduire à l’indépendance – mais il a été loin de créer un très fort engouement dans la population en général.

Un parti à la traîne, une réputation mitigée                                                                                                            et des dossiers non réglés

Il y a eu une très brève lune de miel dans les sondages après l’annonce de sa candidature à la direction du PQ, mais très rapidement, les électeurs ont déchanté. Les derniers sondages montraient un PQ qui ne réussissait pas à s’approcher des libéraux et qui était désormais talonné par la Coalition avenir Québec dans le vote francophone.

Difficile alors de parler d’un grand succès, d’autant que la performance du gouvernement libéral lui avait ouvert bien des portes.

Quant à la convergence souverainiste, force est de constater que le passé de patron et de « roi des lock-out » de Pierre Karl Péladeau a servi de repoussoir pour quelque rapprochement que ce soit avec Québec solidaire, la seule formation souverainiste qui ait un certain poids.

Et il restait des dossiers non réglés, comme ses liens avec Québecor. Ses actions dans un mandat avec trois fiduciaires ne remplissaient pas, selon beaucoup d’observateurs, les exigences du code d’éthique de l’Assemblée nationale. M. Péladeau ayant refusé toute concession sur ce point, il était loin d’être certain que le dossier n’allait pas rebondir avant la prochaine campagne électorale. Chose certaine, c’était une épée de Damoclès au-dessus de la tête du chef du PQ.

Et, enfin, il y a toujours cette question qui se pose pour quiconque s’engage dans une carrière politique : a-t-il vraiment aimé ça? Les exemples sont nombreux, surtout parmi les politiciens issus du monde des affaires, de gens qui ont trouvé que la politique est un monde où il y a trop de lenteurs et de compromis pour être le métier idéal pour ceux qui sont habitués à prendre des décisions.

Aujourd’hui, Pierre Karl Péladeau part donc en laissant un Parti québécois nécessairement affaibli et qui devra se trouver un nouveau chef rapidement, le prochain rendez-vous électoral étant dans deux ans à peine. Une course à la direction qui risque d’être encore plus porteuse de division que l’élection de PKP, qui avait, rappelons-le, remporté la majorité absolue des voix dès le premier tour de scrutin.

Atlas.Mtl

 

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