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Chronique d’une biennale politique annoncée…

Chronique d’une biennale politique annoncée…Cette immense broyeuse qu’est la machine politique a fait une nouvelle victime. Pierre Karl Péladeau quitte la vie publique et le Parti Québécois, encore une fois, se retrouve sans chef.

Une nouvelle péripétie s’inscrit ainsi dans l’histoire presque cinquantenaire de cette formation politique qui, à sa naissance en 1968, incarnait les aspirations, non seulement des habitants du Québec mais aussi de beaucoup d’autres peuples et nations du monde, à la liberté, à la démocratie et au progrès.

Sur le socle de cette sociale démocratie, par la voie des urnes (ce qui accroitra encore son aura) le parti parviendra au pouvoir dès 1976. Depuis cette date et jusqu’à la fin du XXème siècle, c’est-à-dire en trente cinq ans, il se donnera cinq  chefs et tous cinq seront à un moment ou l’autre de leurs carrières, nommés premiers ministres.

Valses – hésitation…

Il en va tout autrement, depuis le début du XXIème, autrement dit au cours des 15 dernières années. Des quatre chefs du parti en effet, deux seulement auront réussi à se hisser au rang de chef du gouvernement et encore, pas assez longtemps pour imprimer au cour de la chose publique une marque suffisamment durable et donc prégnante.

Cette rotation des chefs à de surcroît obéi à une sorte de logique qui à plutôt permis de cultiver le doute sur la capacité du parti à se renouveler qu’elle n’aura permis de répondre aux attentes des militants et ni aux vœux des citoyens en général.

On est ainsi passé d’un chef historique, Bernard Landry (qui s’est déchargé de se fonctions parce qu’il ne se satisfaisait pas de 74% de soutien au sein du parti à ses projets de changements) à un leader «nouveau» en ce sens qu’il représentait une nouvelle génération péquiste, André Boisclair, censé apporter un sang neuf et une énergie nouvelle au parti. La formule à fait long feu et on n’a pas tardé à revenir à ce que l’on à considéré comme les «origines authentiques» avec Pauline Marois dont le sacerdoce ne durera que le temps d’une sorte d’intérim au pouvoir, pour céder la place à PKP, dont le profil aura été celui du porteur d’un subtil compromis entre les idées fondamentales (la souveraineté) et – comme le grand patron qu’il est – une sorte de réingénierie de l’État qui saurait fusionner entre l’idéal social-démocrate et la gestion libérale d’un ensemble national apte à devenir un pays. Cette valse-hésitation entre les profils et leur adéquation à l’air du temps s’accompagnant d’autres valses-hésitations entre les idées et les idéaux, entre le souci de plaire aux tenants des différents courants de pensées traversant le parti ont fini par déplaire à tous les québécois. Le PQ a ainsi fini par se défaire d’André Boisclair et les élections par défaire Pauline Marois. Quand à Pierre-Karl Péladeau, il a fini par se faire à l’idée que la tâche de reconstruction du parti était tellement immense et ardue qu’elle aurait fini par le consommer et le consumer, ruiner définitivement sa vie de famille, sa vie tout court…

Changement de paradigmes 

L’avènement du multipartisme. Cet état de fait suscite bien des questions. Et pas seulement à propos du parti de feu René Lévesque, de ce qu’il est devenu ou de ce qu’il en adviendra. Car si, longtemps, la seule vérité politique du Québec a été le bipartisme et l’alternance, avec un parti au pouvoir et l’autre représentant l’alternative, il n’en va plus de même aujourd’hui. Avec l’entrée au Parlement de Québec Solidaire et de la CAQ, le multipartisme est dans nos murs et même s’il ne s’exprime pas encore pleinement, il n’est pas sans effet sur notre démocratie et notre vie.

Autre changement à ne pas prendre à la légère : l’évolution du fédéralisme et on taux de  pénétration dans la pensée politique et les choix électoraux des québécoises et des québécois de toutes origines.

Le renouveau fédéral. L’élection de Justin Trudeau, surprenante à plus d’un égard, n’a rien de gratuit. Elle se fondait sur de solides arguments que, tous, nous avons ressentis mais sur lesquels nous commençons à peine à mettre des mots.

Révélateur de cette verbalisation à retardement, une récente annonce du Parti Libéral du Canada. Ainsi, dans un peu plus de trois semaines, Justin Trudeau s’adressera aux militants du Parti libéral (PLC) réunis au Centre des conférences de Winnipeg et les invitera à faire ce qu’aucune autre formation politique au pays n’a encore fait : ouvrir ses portes à tous. Gratuitement. Le chef exhortera le PLC à abolir ses frais d’adhésion afin que tout citoyen désireux de s’impliquer dans le processus politique puisse le faire. En 2012, le parti avait déjà créé une nouvelle catégorie de « sympathisants », des gens pouvant participer au choix du chef et proposer des idées au parti sans en devenir membres… et sans payer de frais d’adhésion. M. Trudeau invite son parti à pousser la logique jusqu’au bout afin de réaliser son ambition de réconcilier la société civile avec sa classe politique en l’amenant à s’y impliquer.

Et cette stratégie est particulièrement visible envers les jeunes, ceux qui viennent d’atteindre, ou qui sont sur le point d’atteindre l’âge de voter.

À une époque où l’éloignement entre le peuple et ses dirigeants semble règle et loi et où le cynisme citoyen fait tâche d’huile, ce n’est certainement pas là un vain effort, certainement pas sans impact sur les choix politiques des québécois…

Les nouvelles réalités démographiques. Troisième paradigme en évolution, la composition démographique du pays. Quarante pour cent de la population est aujourd’hui issu de l’immigration.

Ces communautés culturelles, déjà fortes de leur organisation pour les plus anciennes d’entre elles, sont en train de se structurer pour les plus récentes. Pour ne prendre dans l’actualité de ces derniers jours que l’exemple de la communauté des originaires du Maroc, on a assisté à une floraison d’activités sociales, économiques et culturelles (dix activités majeures en moins d’un mois!); toutes significatives d’une volonté d’enracinement et de participation à la vie collective qui – comme elle a su le faire déjà lors de la votation provinciale du printemps 2014 –  s’exprimera certainement de plus en plus à travers les urnes.

Quarante pour cent de la population – soit au bas mot vingt pour cent de l’électorat et peut-être même plus – il y a là une masse critique qui peut détenir la balance du pouvoir à tous les paliers de gouvernement, provincial compris. Il y a là des votes dont aucun parti politique ne peut se passer sans risque.

Enjeux et défis

Dans un tel paysage, même s’il n’y a aucune raison de douter que la raison première du retrait de Pierre-Karl Péladeau soit un louable souci d’ordre familial, force est de constater que son passage à la tête du Parti Québécois n’a en rien éclairé les perspectives politiques.

On attendait en ce sens beaucoup de la tenue du congrès, prévu en juin 2017 et qui avait pour objectif de re-profiler la plate-forme politique.  Le président du parti, M. Raymond Archambault, annonçait à cet effet qu’une «proposition principale» devait y être débattue; comme devait y être débattues un certain nombre d’autres décisions politiques.

La course à la chefferie va imposer un nouveau report dans cet agenda pourtant essentiel. « On va faire l’impossible pour tenir le congrès en juin 2017, mais il ne serait pas étonnant que nous demandions à la CNPP de repousser le congrès de quelques mois », a admis M. Archambault.

Un rendez-vous manqué?

Et cela ressemble à un chambardement des priorités. Qui ne sera peut-être pas sans conséquence. Il eut en effet sans doute été utile au futur nouveau chef du parti, avant son élection, d’avoir un atout en main : Une feuille de route unanimement soutenue par une majorité de militants. Ce que n’avaient ni M. Boisclair, ni Mme Marois, ni M. Péladeau; obligés de ce fait de naviguer à vue, de dire souvent une chose et son contraire, de désarçonner ainsi même les fidèles d’entre les fidèles.

Au moment ou Québec Solidaire bien qu’éminemment sympathique reste marginal, ou la CAQ ne parvient pas vraiment à creuser sa niche et ou le Parti Libéral du Québec de M. Philippe Couillard commence – après deux années aux affaires et dans la rigueur- à souffrir de l’usure du pouvoir, cela aurait sans doute été la promesse d’un regain de vigueur dans notre vie politique provinciale, d’un intérêt renouvelé pour la prochaine course à la majorité. La promesse que le microcosme politique – ne serait-ce que par application d’un principe de précaution – se sente obligé de se rapprocher de ceux auxquels ils demandent périodiquement confiance. D’un peu moins de cynisme sans doute chez les électeurs. D’un petit mieux pour la démocratie en somme. Pour qu’à quelque chose, enfin, ait servi le bref passage en politique de PKP….

Abdelghani Dades (Edito Atlas.Mtl 277 du 5 au 18 mai 2016)

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