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Canada. Comment Justin Trudeau entend réconcilier les citoyens avec la politique

Justin Trudeau, premier ministre du canada

Justin Trudeau, premier ministre du canada

Dans un peu plus de trois semaines Justin Trudeau s’adressera aux militants du Parti libéral (PLC) réunis au Centre des conférences de Winnipeg et les invitera à faire ce qu’aucune autre formation politique au pays n’a encore fait : ouvrir ses portes à tous. Gratuitement. Le chef exhortera le PLC à abolir ses frais d’adhésion afin que tout citoyen désireux de s’impliquer dans le processus politique puisse le faire.

 

Un PLC ouvert gratuitement à tous

Les frais d’adhésion au PLC ne sont que de 10 $ par année. Symboliques, diront certains, mais la décision de les abolir est tout aussi « symbolique » pour M. Trudeau, explique-t-on en coulisses. « On veut créer un parti où tout le monde est le bienvenu, un parti politique qui est ouvert à tous, où les membres sont très impliqués et où c’est facile de s’impliquer parce qu’il n’y a pas de “structurite”. »

Car à ce congrès bisannuel, le PLC en profitera pour adopter une nouvelle constitution qui remplacera… les 18 qui existent à l’heure actuelle (une pour chacune des ailes provinciales et des commissions thématiques). « C’est très lourd et c’est difficile de garder les gens engagés à cause de cette “structurite”. »

Au NPD, les frais d’adhésion varient d’une province à l’autre; ils sont de 10 $ au Québec. Au Parti conservateur, la tendance était plutôt haussière : les frais annuels étaient récemment passés de 15 $ à 25 $ par an avant que la grogne dans les rangs ne force les dirigeants à annuler la décision il y a une semaine. Le contraire, donc, de la tendance au PLC. En 2012, le parti avait créé une nouvelle catégorie de « sympathisants », des gens pouvant participer au choix du chef et proposer des idées au parti sans en devenir membres… et sans payer de frais d’adhésion. M. Trudeau invite son parti à pousser la logique jusqu’au bout.

Renouer avec la base

Car telle est l’ambition du premier ministre, ambition qui se reflète dans sa stratégie de communication : réconcilier la société civile avec sa classe politique en l’amenant à s’y impliquer. Il veut générer un mouvement. « Le mot “mouvement” est juste, explique notre source libérale. Justin veut que les gens s’impliquent et partagent leurs idées. C’est une réflexion amorcée depuis longtemps. »

Ce n’est donc pas un hasard si le premier ministre Justin Trudeau pose souvent comme condition aux médias réclamant une entrevue que celle-ci se déroule dans un quelconque forum public où les citoyens pourront assister, voire participer à l’échange. Même avant que la campagne électorale ne soit déclenchée, Justin Trudeau participait fréquemment à des « town hall », des événements où il répondait, jusqu’à une heure durant, aux questions non triées des citoyens rassemblés.

Nulle part cette stratégie n’est plus visible qu’avec les jeunes. Depuis son élection, Justin Trudeau multiplie les événements publics en leur présence : cinq jours après son assermentation, il était avec sa conjointe, Sophie Grégoire, à Unis pour l’action, un rassemblement de plus de 15 000 jeunes à Ottawa. Il a pris part à un Google Hangout avec des étudiants sur les changements climatiques et a visité pas moins de six universités. Encore la semaine dernière, à Saskatoon, il a participé à une séance de questions-réponses à l’école secondaire Oskayak offrant un programme d’entrepreneuriat autochtone.

« J’adore répondre aux questions des étudiants pour voir ce que vous avez en tête », a dit M. Trudeau à cette occasion. « Pour moi, écouter est aussi sinon plus important que de parler. […] C’est comme lorsque j’étais enseignant. Tout le monde pense que les enseignants ne font que parler et fournir des réponses, mais les bons enseignants sont ceux qui écoutent, comprennent et donnent à leurs élèves les moyens de faire des choses. »

John Parisella, ancien conseiller politique de Robert Bourassa, estime que cette stratégie est probablement très appropriée. « C’est une bonne stratégie pour humaniser la politique à une époque où il y a beaucoup d’éloignement et de cynisme. Trudeau veut lutter contre ça. […] Le conseil que je donnerais à tout politicien qui accède au pouvoir, c’est “Ne vous déconnectez pas de la base qui vous a appuyé et de la population en général. C’est ce qui vous garde branché.”»

Obama pour modèle

Aller à la rencontre des jeunes a, avant Justin Trudeau, été l’apanage de Barack Obama. Lors de la présidentielle de 2008, son équipe avait justement utilisé les jeunes comme agents mobilisateurs pour relancer le dialogue entre les citoyens et les politiciens.

Dans une entrevue accordée en 2010, Jonathan Kopp (associé chez SS + K, l’agence de communication qui s’est chargée du volet jeunesse de la campagne d’Obama) a expliqué que les jeunes avaient été invités à s’impliquer par le truchement du site Internet voteforchange.com qui n’était pas directement lié à la campagne de Barack Obama. Ils ont contribué à bâtir un mouvement plus large. « Je pense que nous avons appris de l’expérience Obama, avait conclu M. Kopp. Il y a une occasion d’accroître cette ouverture. Le peuple américain a été invité à revenir à la table de discussion. »

Jennifer O’Malley Dillon, pour sa part, a été directrice de campagne adjointe pour Barack Obama en 2012. En 2014 à Montréal, elle a dit aux militants du PLC qu’il « n’y a rien de plus important que la mobilisation de la base pour gagner. Tout est une question d’individus et de façon de communiquer de personne à personne ». Elle a conseillé Trudeau pendant l’élection avant de se joindre à la campagne de Hillary Clinton. Mme O’Malley Dillon a analysé que la victoire libérale démontrait que, désormais, « les publicités en soi, télévisées ou en ligne, ne sont pas suffisantes pour mobiliser les électeurs. Ça prend un travail avec la base, communauté par communauté, pour assurer la victoire ».

M. Parisella voit un parallèle entre Barack Obama et Justin Trudeau, mais rappelle que le président américain n’a pas pu autant poursuivre sa stratégie une fois élu. « L’usure ou la réalité du pouvoir coupe, à terme, le lien en partie, et il n’est pas certain que l’enthousiasme, l’excitation et la proximité peuvent perdurer quand on fait face à la réalité. C’est ça le défi. »

Une écoute sincère                                                                                                                                                       et non un calcul électoraliste

Il est donc « trop tôt », à son avis, pour conclure que Justin Trudeau premier ministre pourra poursuivre encore longtemps ses efforts de rapprochement. Il note d’ailleurs que ces efforts n’ont pas garanti à M. Obama des succès électoraux, lui qui a perdu le contrôle de la Chambre des représentants puis du Sénat pendant son mandat. Pas plus, souligne-t-il, qu’ils n’ont protégé Pierre Elliott Trudeau. « Le seul autre politicien qui a suscité cette excitation des jeunes a été le père de Justin. Ça a très bien marché, il a eu sa Trudeaumanie, mais quatre ans plus tard (en 1972), il avait un gouvernement minoritaire ! »

M. Parisella estime cependant que les choix de Justin Trudeau n’ont rien d’un calcul électoraliste . « Je n’aime pas l’idée de parler de stratégie de communication dirigée vers les jeunes. On ne le fait pas parce qu’on calcule que c’est payant. C’est toujours quelque chose que Justin Trudeau a eu à coeur. Ce n’est pas une stratégie pour lui. » M. Trudeau s’est d’ailleurs gardé le dossier de la jeunesse dans la composition de son cabinet et il mettra sur pied un comité consultatif composé de jeunes de 16 à 24 ans qui le conseillera. « Il a toujours aimé aller à la rencontre des jeunes pour qu’ils aient leur voix au sein des instances décisionnelles. »

Atlas.Mtl

 

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