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Entre l’essentiel et le futile, le cynisme

Entre l’essentiel et le futile, le cynismeFascinante autant qu’inquiétante, cette incroyable capacité de l’être humain à se concentrer, jusqu’à la dernière énergie, sur le futile et à se complaire dans les détails, quant il siérait plutôt d’aller à l’essentiel.

Déplaisante également cette propension au voyeurisme, qui nous fait tous un peu honte mais qu’on pare de vertu en se persuadant qu’en bon chevalier de la justice, en le pratiquant, on redresse des torts quand en fait on ressemble plutôt à un certain Don Quichotte aux lubies duquel la toile donne une dimension universelle que le ridicule ne tue plus.

Indicible légèreté, incroyable vanité de tous ceux qui, parce qu’ils n’ont pas la force d’agir et de ce fait d’être utiles, se lance dans les anathèmes et les vaines imprécations!

De ce travers – le mieux partagé du monde – chaque jour nous donne au moins un exemple; prenons-en deux parmi les plus récents.

L’ «Affaire des subventions»

D’abord à l’intérieur de notre communauté.

Vous le savez sans doute, ne serait-ce que parce que la rémanence du propos ne peut pas avoir manqué d’éclabousser votre intelligence : Le landerneau du Web bruisse, depuis plusieurs jours maintenant, de propos divers sur les subventions octroyées entre 2009 et 2010, par les autorités marocaines à un certain nombre d’associations agissant au Canada, au bénéfice réel ou supposé, des originaires du Maroc ayant choisi de vivre ici.

Comme il est de règle sur la toile cependant, on trouve dans ce fatras du vrai et du faux, du bon et du moins bon. Disons pour résumer la situation, que les informations colportées, reprises, commentées, amplifiées partent peut-être de bons sentiments; mais que leur traitement se fait aux détriments des règles de base de l’information : s’informer, recouper ses informations, recueillir tous les points de vue et exposer les faits, sans juger ni préjuger. Mais le web et l’éthique ne faisant généralement pas bon ménage, ce qu’il nous a été donné de lire nous fait penser immanquablement aux rumeurs malveillantes dont on ne sait jamais à qui elles profitent réellement et aux ragots de café du commerce, aussi vains qu’inutiles, sachant cependant qu’il y a vraiment un problème en matière de soutiens matériels des pays d’origines à un certain nombre d’associations – et parfois de structures aux contours indéfinissables – s’occupant ou prétendant s’occuper de notre bonheur d’émigrés et donc que l’affaire devrait être traitée avec un peu plus de sérieux.

Élections Canada 2015

À ce petit exemple, petit par l’influence qu’il peut exercer sur nos existences, ajoutons-en un, qui se passe à un niveau bien plus déterminant : le contenu de la campagne électorales pour le choix du (futur) gouvernement du Canada.

Posons d’abord le décor : Nous sommes en pleine campagne pour le choix du parti qui, à partir du 19 octobre prochain, gérera notre quotidien et dessinera notre futur et celui de notre pays.

C’est rappelons-le, la plus longue campagne électorale de l’histoire récente du Canada, puisqu’elle va durer 78 jours et ce sera aussi, la campagne la plus chère puisque avec des dépenses autorisées avoisinant les 675 000 $ par jour pour chaque parti politique et pour chaque candidat, 2700 $ par jour. Sachant qu’environ la moitié de cette somme sera remboursée aux partis et aux candidats par les contribuables canadiens, on est en droit de s’attendre à en avoir pour notre argent.

En lieu et place de quoi, au tiers de la campagne, notre billet ne nous a donné droit qu’au triste spectacle du procès Duffy, accommodé à toutes les sauces, par les chefs et les médias.

Foin de grands débats, et encore moins d’informations fiables sur ce que nos politiciens feront pour  nous et pour notre pays.

Comment alors s’étonner du peu d’intérêt suscité par une campagne que d’aucuns n’hésitent plus à caricaturer, comme ce pince-sans-rire que l’on interrogeait sur l’affaire Duffy et qui pour montrer toute son irritation n’a pas hésité à répondre «Me parlez-vous du personnage inventé par Walt Disney?», plus exactement de ce Daffy, le canard noir, roi de la gaffe et de la roublardise?

Cette manière d’apparier la campagne et son plus haut fait en date à une bande dessinée, fut-elle à succès, est un summum de dérision; or, en politique, rien n’est plus insidieux et délétère que la dérision, mère du désenchantement qui génère toutes les dérives, mère aussi du cynisme qui est en train de détruire la citoyenneté.

Comment raison garder?

Face à ces deux exemples, loin d’être exemplaires uniques hélas!, comment ne pas être tenté de se demander comment raison garder? Comment ne pas succomber à la tentation de se détacher de ce monde des vanités et de la vacuité? Pourquoi continuer de défendre des principes et des valeurs alors qu’il serait si simple et bien plus reposant d’adhérer au Parti des Rieurs,  de commencer à faire aussi dans l’ironie et la dérision?

Mais alors qui garderait la boutique?

Abdelghani Dades (Edito: Atlas,Mtl 260 du 27 août au 9 septembre 2015)

 

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