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Ce que Najat Vallaud-Belkacem signifie

Driss Ajbali

Driss Ajbali

Sa vérité, Najat Vallaud-Belkacem la porte dans son nom. Celui-ci est la traduction d’une ambivalence identitaire dans laquelle se reconnaissent de millions de Français issus de l’immigration.

Dans le «Vallaud», nom porté par ses deux enfants jumeaux, il y a un jaillissement du terroir qui s’immisce merveilleusement au milieu d’appellations qui évoquent l’étrangeté. Et ce «Vallaud» n’en fait pas nécessairement “ une femme française ” au sens évoqué par le film de Régis Wargnier et l’actrice Emmanuelle Béart. De « Belkacem », on ne retient qu’une giclée de marocanité. Qui peut croire qu’elle est absolument marocaine juste parce que née sur cette terre et pour y avoir passé les quatre premières années de son enfance ?

Il y a  en revanche une identité que personne ne peut soustraire à Najat Vallaud-Belkacem. C’est qu’elle est entièrement une enfant de la République. Elle porte en elle le lourd triptyque des valeurs qui ornent tous les frontons des écoles et communes de France. Elle les éclaire de son sourire.

Car aux yeux de nombre d’entre nous, elle incarne l’aboutissement de nos combats d’antan (les années 80) pour de l’égalité dont la France manque tant, et de plus en plus, en ces heures de délitement et de fractures. Dans une société qui a mal en son immigration et qui, depuis 1989 avec l’affaire  du foulard, a fait de ce sinistre fichu un marqueur de l’échec de l’intégration, il aurait fallu voir dans cette femme une bannière de modernité et un quitus d’une parfaite intégration. Car quoi de plus que l’intégration politique, stade ultime de l’intégration tout court ? Valls, en faisant applaudir, debout, tous les socialistes à la Rochelle, ne s’y est pas trompé. Il a offert à des militants désemparés une figure totémique de cette égalité républicaine.

Et bien qu’elle soit fort appréciée par un grand nombre de ses concitoyens, il reste qu’avec le déferlement de  haine d’une partie de l’opinion, ce n’est pas Najat Vallaud-Belkacem qu’on abaisse. C’est l’âme de la France qu’on abîme.

Il y a comme un désir d’exécution… séance tenante. Il est le fait d’aboyeurs qui font partie par cette indépassable partie de la France qui sent le rance. Grincheuse, acariâtre et il faut le dire raciste,  elle se repait de beaufitude. Cette  France qui aime se régaler des niaiseries d’une Nabila et qui exulte devant les charmes d’une Zahia Dehar.

Car et aussi aux yeux de nombre d’entre nous, démocrates désabusés, aphones et tellement invisibles tant on est enfouis sous le fatras des nouvelles colportées par des médias qui n’ont plus de yeux de Chimène que pour les voyous, les burquas, les barbus, les Merah, les Nemmouche et autres intégristes de tout acabit, Najat Vallaud-Belkacem incarne le courage et surtout cette seconde valeur qu’est la liberté.

C’est en femme libre qu’elle accoste des sujets de société audacieux qui frisent l’irrévérence. D’aucuns auraient voulus qu’elle ne dépasse pas le rôle d’ « Arabe de service », engluée dans les drames des banlieues blafardes, plus prompte à gérer vainement les éclopés d’une société fracturée et les estropiés du libéralisme à visage social. Que ne s’est-elle pas contentée de lénifier, à l’image d’une Fadéla Amara, entre putes et soumises, pour tranquilliser illusoirement les bobos et autres bourgeoises. Que n’a-t-elle pas crâné comme une Rachida Dati qui n’a survécu que parce qu’elle est de droite et qu’elle fut combattue par la gauche sur ses choix et convictions et non pas sur ses origines. Il est vrai que la différence entre Amara, Dati et Vallaud-Belkacem est de taille. Les premières sont des produits politiques. Najat Vallaud-Belkacem est une femme politique.

Enfin, on aurait espéré que Najat Vallaud-Belkacem incarna la fraternité. Cette troisième et sublime valeur. C’est faire fi du travail de sape entrepris en profondeur par les prophètes du nombrilisme franchouillard. Les prédicateurs du désenchantement et du déclinisme. Les nostalgiques des racines millénaires et leurs diatribes incendiaires. Les oracles névrosés de la conscience malheureuse. Ils ont brisé toutes les digues. Zemmour, Ménard, et les autres ont préparé le bain-marie où prospèrent désormais les germes de la haine. Et de la discorde. Chassez donc la fraternité ? vous hériterez de la fratrie. Le tribalisme et le communautarisme.

Ce que le mot Inclusion signifie

Élue “Lyonnaise de l’année” en décembre 2007, Najat Belkacem, arrivée en France à l’âge de 4 ans, où elle a rejoint son père ouvrier dans le bâtiment, a grandi dans la banlieue d’Amiens.

Le Trombinoscope, annuaire professionnel du monde politique, l’avait consacré, en 2013, au moment ou elle occupait la fonction de ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement français dans le cabinet dirigé par Jean Marc Ayrault, “révélation politique de l’année 2012”.

Elle confirme cette qualité en 2014, avec sa promotion et sa nomination à la tête du ministère de l’Éducation nationale dans le gouvernement de Manuel Valls.

Née à Beni Chiker, dans le nord-est du Maroc, elle avait rejoint son père, immigré en France, à l’âge de 4 ans. Trente ans plus tard, par son travail et sa ténacité citoyenne, elle se retrouve aux premiers rangs de l’actualité et de la responsabilité dans sa seconde patrie.

Mais ce ne sont pas ses qualités que l’extrême droite française regarde. Ce sont ses origines et confessions. Dès sa nomination en effet,  des milliers de commentaires et messages racistes ont envahi les réseaux sociaux. La page Facebook du ministère de l’Éducation nationale a reçu des milliers de messages hostiles.

Plus condamnable encore, deux hebdomadaires s’en sont pris directement et sournoisement à l’origine de la ministre de l’Éducation nationale. Dans sa une, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles titre « l’Ayatollah, enquête sur la ministre de la Rééducation nationale », alors que le magazine Minute est beaucoup plus direct et annonce « Une Marocaine musulmane à l’Éducation nationale ».

Ces unes ont soulevé un tollé sur les réseaux sociaux et dans les sphères politiques françaises. Mais aussi au Maroc.

Une telle affaire ne devrait au juste, laisser personne indifférent. Surtout pas dans les pays à forte identité migratoire, comme le Canada et le Québec.

C’est pourquoi nous reprenons cette chronique dont la teneur, même au-delà du cas Najat Vallaud – Belkacem, rappelle aux extrémistes de tous pays, ce que les migrations peuvent apporter à l’humanité et ce que les mots intégration et inclusion signifient. 

Atlas.Mtl 237 (Driss Ajbali: Sociologue strasbourgeois. Auteur de «Violence et immigration»  et «Ben Laden n’est pas dans l’ascenseur»)

Rubriques : Actualités, Immigration, Société Mots-clés : , , , ,
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