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Le gouvernement de l’économie, du redressement et de l’inclusion

M Philippe Couillard, premier ministre du Québec

M Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Au moment ou un nouveau gouvernement prend en charge les affaires publiques du Québec, il n’est sans doute pas inutile de revenir sur les idées, la manière de faire, qui ont permis à M. Philippe Couillard de devenir le 31e Premier ministre de la Belle Province.

Tout à commencé au lendemain de son choix à la tête du Parti Libéral du Québec. Au lieu de se précipiter au devant de la scène, de chercher à se faire élire au Parlement comme indispensable complément à son nouveau statut, il a préféré «passer sous le radar», sillonner la province, écouter les gens parler de leurs vrais problème et de leurs doléances, se faire ainsi une idée du rôle qu’il aurait à jouer advenant un retour aux affaires de son parti.

Un style résolument nouveau

De cet exercice est né ce que l’on a cru être un slogan électoral, «les vrais affaires» mais en cours de campagne, s’est avéré un parler vrai dénotant une parfaite connaissance du pays et de ses espérances. Le tout s’est transformé en une victoire électorale, que M. Couillard a rapidement présentée comme une charge, une lourde charge, à assumer non dans une sorte de tour d’ivoire, dans la solitude du pouvoir, mais dans la poursuite de l’écoute. Ainsi, dès l’assermentation des députés libéraux nouvellement élus, il annonçait une révolution dans les mœurs politiques, curieusement passée inaperçue. Ainsi, a-t-il affirmé, le rôle principal du député consistait à écouter ceux qui les ont élus et à faire remonter le résultat de cette écoute vers les centres de décision. Le citoyen passait ainsi avant la raison du gouvernement, alors que très longtemps, trop longtemps, la raison du parti et la solidarité partisane donnaient l’impression de faire passer l’attente du citoyen loin derrière la politique politicienne, l’installation de l’appareil dans la durée, même au détriment de la fonction principale, fondamentale, de tout gouvernement : le bien-être du plus grand nombre et autant que possible, de toutes et tous.

Cette approche a encore été développée tant à travers la composition du nouveau gouvernement que dans la feuille de route dressée par le chef du gouvernement aux nouveaux titulaires de maroquins.

Six principes et deux objectifs

Avec six principes de base : Intégrité, transparence, équité, respect, fierté, confiance. Des principes qui n’excluent personne, ni autochtones, ni anglophones, ni nouveaux arrivants, également cités.

Avec deux objectifs : emploi et redressement, politiques menées par un «état pertinent et efficace», transparent aussi. Et une vision à plus long terme, explicité dans l’adresse de cadrage à deux des 14 nouveaux ministres, les plus jeunes, Stéphanie Vallée et David Heurtel, qui auront à incarner la transition entre générations et entre époques, vers le futur, vers une nouvelle ère et un monde nouveau et renouvelé.

Les portefeuilles des «vrais affaires»

Et tout ceci prend corps dans un fait d’apparence bénigne : les changements dans les appellations données à certains  portefeuilles ministériels.

On a vu ainsi apparaitre la lutte contre l’intimidation comme action gouvernementale. Tout comme «l’évaluation permanente des programmes gouvernementaux», qui formalise la conviction de M. Couillard, de répondre aux besoins d’ajustements structurels, pour préparer les années et les décennies à venir, qui sont ceux du Québec.

La place des communautés culturelles

Les néo-québécois et les nouveaux arrivants n’ont pas été oubliés. Il est vrai que lors du scrutin du 7 avril 2014, les taux de participation de certaines communautés culturelles ont largement dépassé, contrairement à une longue tradition d’indifférence, les 70%. Ils n’ont certes pas ainsi changé le résultat de la consultation, mais plutôt éloquemment démontré leur adhésion à un Projet Québec, inclusif et équitable, et leur volonté de participation à sa réalisation, ne serait-ce que pour mettre fin à cette intolérable injustice qui les exclue plus que tous autres, du marché de l’emploi.

Premier signal : exit le «ministère de l’immigration et des communautés culturelles», pas mal exclusif; c’est désormais, en plus de l’immigration, le ministère de la diversité et de l’inclusion. Il est de surcroît confié à Kathleen Weil, qui avant le portefeuille de la justice dans un ancien gouvernement, avait été en charge du MICC, avait aimé son travail, l’avait bien fait et laissé de très bons souvenirs dans de nombreuses communautés culturelles.

Deuxième signal : dans sa feuille de route, telle que présentée par M. Couillard, il a été explicitement dit : l’immigration étant un impératif pour le Québec, il faut savoir accueillir, or «accueillir, c’est grandir et s’ouvrir. C’est une société ouverte et inclusive (…). La diversité est un atout pour le Québec, une force à mobiliser pour le succès commun», avec comme outils, une meilleur adéquation entre l’immigration et le marché du travail et un véritable effort de reconnaissance des compétences des nouveaux arrivants.

Troisième signal : Guérir les blessures récemment infligées à certaines communautés culturelles. Elles seront du ressort de la nouvelle ministre de la justice. Cela mérite explication. Longtemps, les gouvernements du Québec, ont fait de la culture et de la religion des affaires strictement privées, ne relevant en aucun cas de domaine de l’État. De la sorte, comme Ponce Pilate, on s’en lavait les mains. Mais à tort, puisqu’ainsi, on laissait se développer, hors tout contrôle, des manifestations sociales délétères, anti-inclusives à tout le moins. Il s’agira pour la nouvelle ministre non pas de contrôler le champ culturel et religieux et de l’enfermer dans des lois et des règles, mais de mettre en place les moyens d’un vivre-ensemble qui tient compte des croyances des uns et des autres, mais dans l’harmonie. Cette tâche est de plus confiés à l’un des membres du gouvernement chargé d’ouvrir les yeux de tous sur ce que l’évolution des sociétés humaines amènera comme changements dans nos vies.

Quatrième signal : la Vice-première ministre, Madame Lise Thériault, a été, il y a quelques années, titulaire du portefeuille de l’immigration et des communautés culturelles. Elles avait assumé la responsabilité avec une sensibilité qu’elle a développé depuis, ce qui laisse croire que l’œuvre d’inclusion à mener, peut être non un portefeuille mais une responsabilité interministérielle, impliquant tous les niveaux de gouvernement.

Rendez-vous dans quatre ans et demi…

Dans les principes généraux, comme dans le volet diversité et inclusion, c’est là un bien généreux programme. Un programme généreux au point de placer haut la barre des attentes qu’il va susciter chez la majorité des citoyens. Trop généreux pour être réalisable sachant les contraintes économiques et financières auxquelles sera soumis le gouvernement? On peut le penser. Mais pas assez fort pour croire qu’il ne s’agit que d’une déclaration d’intentions.

Ce qui nous rassure le plus, c’est que le Premier ministre est parfaitement conscient de la difficulté de la tâche et il l’a démontré en déclarant que le moment était aux décisions difficiles. Et dans une sorte de codicille, parlant un peu auparavant de l’évaluation permanente des programmes public, il a dit, à mi-voix, qu’aucun nouveau programme ne serait autorisé, si des économies d’un montant équivalent n’étaient pas réalisées ailleurs.

Concrètement cela revient à dire qu’on assistera à une réallocation des ressources de l’État, voir à une réingénierie de l’État, une forme de politique d’austérité rationnalisée, un genre de programme qui n’est pas toujours accueilli avec joie, même – et surtout – lorsqu’il est nécessaire et incontournable. C’est cette précaution qui peut passer pour une clause de garantie que l’on n’est pas seulement dans les vœux pieux. Impression semble-t-il largement partagée puisque les premières réactions à la composition et au format du cabinet Couillard 1, semblent, sinon plutôt favorables au moins sans trop d’hostilité.

Mais on jugera sans doute mieux de ces perspectives dans quatre ans et demi, à la lumières de faits et effets et non seulement sur des conjectures…

Abdelghani Dades (Edito : Atlas.Mtl du 24 avril au 7 mai 2014)

 

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