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À contre-courant. Immigration : le futur est, peut-être, en région…

 Ismaïl Harakat

Ismaïl Harakat

L’un des obstacles majeurs face à  l’intégration professionnelle de la communauté maghrébine au Québec réside dans le choix quasi exclusif que fait celle-ci pour Montréal et sa région. C’est comme si, en dehors de la métropole, il n’y avait point de salut. Tout commence par la procédure d’immigration effectuée dans son pays d’origine. D’abord, la présence de tel parent ou de tel ami  à Montréal est quelque part synonyme de recours au moment d’obtenir les meilleurs tuyaux pour trouver un emploi ou pour s’installer pour son propre compte. Ensuite, pour la communauté maghrébine, s’établir dans une ville qui compte plusieurs dizaines de milliers de compatriotes ou originaires de pays voisins se traduit par la présence d’un noyau communautaire à ses yeux nécessaire à l’intégration et aux repères auxquels les Maghrébins accordent la plus haute importance.

Ce n’est pas faux car probablement nulle part ailleurs au Québec  qu’à Montréal on a l’assurance de trouver autant de mosquées, de boucheries halal, de centres communautaires permettant aux enfants de garder le contact avec la culture des parents et des grands-parents, d’épices permettant d’accommoder les plus délicats des mets traditionnels…En outre, c’est à Montréal que les opportunités d’emploi sont les plus nombreuses comme le démontre le dépeuplement de certaines régions du Québec au profit de la métropole.

Explorer d’autres horizons 

Et pourtant! C’est à Montréal justement où la concurrence est la plus rude. Un grand nombre de maghrébins a connu dans cette ville une longue traversée du désert au cours de laquelle ils  ont frappé à pratiquement toutes les portes et épuisé en vain toutes les ressources. Montréal, c’est aussi une ville où vous êtes un parfait anonyme que le système ne reconnait qu’à travers votre numéro d’assurance sociale. C’est aussi une cité cosmopolite où le loyer coute 50% plus cher qu’ailleurs et où le stationnement d’un véhicule est un casse-tête quotidien et où le litre d’essence est le plus cher de toute la province. Une métropole dans le vrai sens du terme avec tout ce que cela implique comme embouteillages, cherté, grandes distances…et disparités sociales.

Des efforts appréciables ont été consentis par les régions du Québec dans le but de promouvoir  l’établissement de la main d’œuvre immigrante, et de fait, il faut reconnaitre que de plus en plus de familles s’aventurent ailleurs dans la province pour y faire leur vie. Mais ce n’est pas vraiment la ruée et, des fois parce que, quand les portes se ferment quelque part, il faut explorer d’autres horizons, sinon on risque bien de faire du surplace toute sa vie. Évidemment, la Mauricie, L’Outaouais, l’Estrie ou la Beauce ne déroulent pas le tapis rouge aux pieds des immigrants mais ces régions  peuvent présenter des avantages en nombre pour les Maghrébins.  Des organismes communautaires comme PROMIS font de la promotion de l’établissement des nouveaux arrivants dans les régions du Québec la pierre angulaire de leur politique et certains résultats engrangés sont pour le moins prometteurs.

Les bénéficiaires de ces voyages d’exploration se rendent tout de suite compte de la différence d’approche entre un responsable des ressources humaines d’une compagnie montréalaise et son homologue dans une autre région. Une approche plus chaleureuse et plus accueillante d’une part parce qu’on sent une réelle volonté de la part des institutions  régionales de susciter l’intérêt de la main d’œuvre immigrante, et d’autre part parce que le nombre insuffisant de travailleurs étrangers n’a part encore fait ériger cette barrière d’incompréhension, voire de discrimination que l’on observe au quotidien à Montréal.

Pour une approche inclusive 

Cependant, les régions du Québec gagneraient à sonder encore mieux les besoins de la communauté immigrante, notamment maghrébine. C’est que l’emploi lui-même, un loyer accessible ou un cadre de vie plus agréable peuvent ne pas suffire pour amener une famille marocaine ou algérienne à s’établir en région. Une petite mosquée, une boucherie halal et des activités mettant en relief l’apport de ces nouveaux venus sont de nature à faire la différence. Ce ne sont que des détails, mais des détails qui peuvent être décisifs et parmi les petites villes qui semblent avoir adéquatement fait le tour de la question, on peut citer le cas de Huntingdon où le maire controversé Stéphane Gendron fait du développement de sa localité par le biais de la communauté immigrante  l’un des axes principaux de sa politique. Une capacité d’écoute qui se traduit souvent par la satisfaction des revendications les plus raisonnables exprimées par les nouveaux arrivants et qui ont été séduits par l’approche de Stéphane Gendron.

En toute logique, le futur proche appartient aux régions en ce qui concerne la communauté immigrante et spécialement maghrébine non seulement pour les raisons citées, mais aussi à cause de l’usage exclusif du français au Québec en dehors de Montréal, ce qui devrait plutôt avantager les Maghrébins.  Quoi qu’il en soit, Montréal ne peut plus être un choix exclusif pour la communauté maghrébine. Il est grand temps de s’ouvrir au reste de la province et de se donner la peine d’étudier soigneusement les opportunités disponibles. A ce titre, la documentation mise à la disposition des candidats à l’immigration dans leur pays d’origine devrait être un peu plus réaliste et s’éloigner de la logique d’un office de promotion du tourisme. Il n’y a pas de mal à ce que les documents en question abordent les questions qui fâchent à commencer par les difficultés éprouvées par les candidats à l’immigration pour s’intégrer professionnellement.

Dans le même registre, les futurs résidants  ont le droit d’être mieux renseignés à propos des avantages et des inconvénients qui découleraient de l’établissement dans les autres régions du Québec. Il faut juste que la volonté et la vision soient au rendez-vous en adoptant une approche inclusive à même de faire de la main d’œuvre immigrante un partenaire dans la démarche.

Par  Ismaïl Harakat (Atlas.Mtl)

 

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