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Les bottines doivent suivre les babines…

Atlas.Mtl: la Une du numéro 223 du 13 au 26 février 2014

Atlas.Mtl: la Une du numéro 223 du 13 au 26 février 2014

C’est une situation que j’ais connu, en d’autres temps et sous d’autres latitudes; dans un pays occidental dit «développé» et dans un pays dit du «tiers – monde».

Dans le premier, en proie à une explosion du chômage et une inflation galopante, niveau de vie et productivité en baisse critique; dans le second, face à une politique de «réajustement structurel» provoquant émeutes et répression; et dans les deux, dès qu’une caméra montrait le bout de sa lentille, les sourires béats des responsables politiques du lieu et du moment.

Dans les deux cas, chaque fois, Panglosse, personnage de la littérature philosophique des Lumières, venait me hanter. Panglosse ruiné, Panglosse blessé,  Panglosse humilié, Panglosse réduit en esclavage. Mais Panglosse, quelque avanie que lui réserve un sort acharné, toujours d’un irréductible et irritant optimisme, ne s’en faisait de rien et résumait tout en une phrase: «Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles».

Certes, on ne «gouverne pas sans optimisme»; et vu sous cet angle, ce personnage  voltairien apparaitrait plutôt comme un exemple de courage ou, pour utiliser un vocable à la mode, un modèle de résilience.

Sauf qu’il y a parfois des limites à la largeur des sourires-caméra. Et très vite, Voltaire s’éloigne parfois, pour laisser la place à une certaine marquise chantée par Annie Cordy.

Le petit chien de compagnie est mort? Tout va très bien Madame la marquise! Monsieur le marquis est parti avec la soubrette? Tout va encore très bien, madame la marquise! Le château est la proie des flammes? Pourquoi, pour un peu de fumée, tout cesserait-il d’aller très bien?…

Souriez, vous êtes filmés…

Pourquoi aller si loin que ce préambule pour parler de l’actualité d’ici et de maintenant? Parce que, comme citoyen, le moins que l’on puisse dire est que l’on est dans la brume. Pas encore sortis de la brume délétère provoqué par les chauds-faux débats entourant le projet de Charte que vous savez, comme citoyens, il nous aurait été utile que la rentrée parlementaire (et encore! pour éviter l’overdose, nous ne parlons ici que du Québec) apporte quelques repères, quelques points fixes. Point!

Aurons-nous un budget? Peut-être le saurons-nous le 20 février. Allons-nous vers des élections hâtives? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non! Quel est l’état des finances publiques? Pourquoi voulez-vous le savoir?

La Première ministre ne veut pas répondre. Car elle ne veut pas faire de «stratégie sur la place publique». C’est certes son droit de vouloir maitriser sa communication et de garder quelques cartes dans sa manche. Après tout on est en politique et en cette matière, tout n’est pas toujours bon à dire. Mais sans un minimum d’information, comment peut-on nous convaincre d’adhérer à quelque projet que ce soit et en quelque sorte, donner un chèque en blanc  à des leaders en contrepartie de leurs seuls sourires caméra?

Les babines et les bottines

Dans ce paysage, il y a quand même quelques personnages qui tranchent. Parmi eux Denis Coderre.

Le nouveau maire de Montréal a accordé une entrevue exclusive cette semaine, à l’occasion du 100eme de son mandat (calculé depuis le jour de son assermentation) – une fois n’est pas coutume – aux médias communautaires de la Métropole.

Première remarque : il n’a esquivé aucune question; pas même celles qui à d’autres paliers de gouvernement auraient été considérées comme impertinentes.

Deuxième remarque : il a répondu sans détour et sans langue de bois, ne cachant aucune information, apportant autant de chiffres et d’analyses, parfois même plus que n’en attendait le client.

Le tout assez pour que chacun de ceux qui l’Interrogeaient sorte de son bureau avec une idée précise sur ce à quoi doivent s’attendre les montréalais, demain, dans un an et – son point de mire- dans quatre ans, à la veille du 375eme anniversaire de la fondation de la Ville.

Le suivre ou pas; chacun pourra ainsi choisir à sa guise et selon ses convictions.

Le tout dans la clarté; et on n’a aucune peine à le croire quand il dit : «Les citoyens attendent de leurs élus qu’ils fassent ce qu’ils ont dit et qu’ils disent ce qu’ils font.».  Car pour un politicien, il est impératif, selon sa très jolie formule, que «Les bottines suivent les babines».

Cette autre version du célèbre «Savoir marcher et mâcher de la gomme en même temps», pour fleurie quelle soit et de nature a rasséréner et conforter les montréalais dans l’engagement citoyen qui semble à nouveau les séduire depuis quelques temps.

S’il était adopté par d’autres décideurs publics, à d’autres niveaux politiques,  nul doute qu’alors, le cynisme verrait ses jours comptés; que la résurrection de Panglosse serait annoncée et que tout pourrait devenir possible, y compris que tout pourrait aller vers le mieux dans le meilleur des mondes (politiques) possibles.

Abdelghani Dades (Edito Atlas.Mtl 223 du 13 au 26  fév 2014)

 

 

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