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Charte, devoirs et droits

Charte, devoirs et droitsMême si une certaine lassitude semble se manifester, le débat sur le projet de Charte continue de battre son plein.

Et pour cause! Dès lors qu’il est question d’identité, en tous lieux et en tous temps, ce thème, fait de perceptions et de passions, fait toujours couler beaucoup de fluides – salive, encre et parfois aussi, hélas!, du sang – car en la matière, chacun à son avis et ses idées et personne ne retient alors cette relativité des libertés des uns et des autres.

Au cours du mois écoulé, ce débat trouvait aussi un carburant de choix dans une conjoncture particulière, celle d’élections, qui soient-elles partielles n’en concernaient pas moins les trois paliers de gouvernement, fournissant autant de tribunes différentes également propices aux échanges les plus musclés.

On a donc beaucoup parlé de cette Charte, supposément promue pour réunir, mais qui ne cesse plus de diviser.

Mais positivons un peu.

«Le Québec que nous voulons»

S’il y a eu de regrettables dérives et débordements, tous les débats qui ont eu lieu (et qui se poursuivent), parce que à quelque chose malheur est bon dit l’adage populaire, ne seront pas forcément inutiles. Ils auront en effet au moins permis de clarifier les idées de bon nombre de citoyens, sinon sur ce qu’il faut faire, au moins sur ce qu’il ne convient pas de faire.

Nous retiendrons sur ce point, en particulier, un propos de M. Philippe Couillard, chef du Parti Libéral du Québec et candidat à la députation dans Outremont, qui nous déclare cette semaine (voir page 12) : «Sur la question du projet de charte, l’inquiétude des immigrants est palpable, notamment dans la population d’origine maghrébine qui ne comprend pas vraiment l’enjeu allégué. Et ce d’autant moins qu’il n’y a pas de crise véritable, que ce débat, lancé sur des bases imaginaires, n’avait rien nécessaire. Ces inquiétudes sont d’autant plus justifiées que ce qui nous est proposé comme «solution» ne répond même pas aux soucis réels de la population; la sécurité par exemple (…) C’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire (…) pour réaliser le Québec que nous voulons au PLQ : un Québec prospère, juste, ouvert, inclusif, ouvert sur le monde; à la faveur d’un projet ouvert à tous et auquel tout le monde aura envie d’adhérer.»

Contre les ignorances

Autre constatation largement partagée : Si le débat à si fréquemment débordé, c’est aussi du fait que, si dans une situation de cohabitation prétendant à la coexistence, un facteur essentiel manque : la connaissance de l’autre. Et de fait, beaucoup d’ignorance se manifeste en l’occurrence, permettant aux préjugés de se substituer à la connaissance, mère de la compréhension.

Cette observation s’applique particulièrement à la communauté québécoise des originaires du Maghreb; dans la mesure où ils constituent depuis une décennie l’essentiel du flux migratoire vers la Belle Province et que, de ce fait, les aléas de la non-intégration (ou de la mal-intégration) les affectent plus que toute autre communauté.

Ce que l’on ignore à leur propos au Québec, c’est en fait tout ce qui, en principe, devrait leur permettre de se fondre rapidement dans le tissu social. Le fait français en premier lieu. Ainsi, au Maroc, sur une population totale de 33 millions d’âmes, 11 millions sont francophones; dans le flot des nouveaux arrivants, ils sont 90% à parler cette langue qui dans la moitié des cas est l’outil linguistique principal. Ces chiffres s’appliquent dans des proportions similaires aux algériens et aux tunisiens.

Sur la question de l’égalité hommes-femmes, la Tunisie et l’Algérie ont longtemps été considérés comme des modèles en la matière. Ils sont rejoints aujourd’hui par le Maroc dont la Constitution est la seule au monde à aller au-delà de l’égalité, pour faire au pays une obligation de parité entre les genres dans tous les aspects de la vie collective.

En fait de conscience politique et participative enfin, on lui fait souvent grief de son apathie; en totale méconnaissance de cinquante ans d’histoire, faite de débat gauche-droite, de luttes démocratiques souvent dramatiques, d’une identité trop marquée par la religion et inapte à la laïcité, alors que de tout temps le cadre normatif et institutionnel dans lequel ils ont vécu s’est plus inspiré du Code Napoléon que de toute autre source de droit.

Comment dépasser les clichés?

La question qui se pose alors est «Comment dépasser les clichés?» pour pouvoir progresser. Une ancienne responsable politique nous a dit un jour que pour cela la communauté aurait besoin, «de toute urgence», d’un bon relationniste. Ce n’était peut-être pas tout à fait une boutade; mais cela sera-t-il suffisant, advenant que dans le microcosme politique ou dans la communauté, on trouve ce bon samaritain?

Assurément non. Il faudrait aussi que de l’intérieur, on passe à l’action, par les urnes évidemment. Qu’on apprenne, collectivement, à exprimer notre appartenance, réelle, à la société dans laquelle nous avons choisi de vivre etc.

Et alors nous aurons fait notre part, accompli nos devoirs. On n’en sera ainsi que plus légitimes à revendiquer nos droits, des droits qui ne se perdent jamais, pour peu qu’on les réclame avec sagesse et mesure.

Abdelghani Dades (Edito Atlas.Mtl 219)

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