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Que parlent les urnes!

Abdelghani Dades

Abdelghani Dades

On a beau résister de toutes ses forces à l’envie – voire au besoin – taraudante, de commenter  les (faux) débats engagés autour du projet de Charte piloté par Bernard Drainville, rien n’y fait. On fini toujours par retomber dedans. Car, hélas!, les effets inattendus du texte à prétention légale qui pourrait être déposé à la fin de l’automne, surpassent tous les effets qui, dans le discours de ses promoteurs du moins, pourraient justifier la démarche.

Ainsi, loin de renforcer la cohésion sociale, l’initiative du gouvernement n’a fait que diviser un peu plus le Québec. Pire encore : elle a libéré la parole de tous ceux qui, sensibles au retour en force de la pensée de droite conservatrice n’osait pour autant pas se lever pour défendre leurs convictions rétrogrades et largement xénophobes.

Et voilà comment on en est arrivé à traiter la différence comme un symptôme de maladie mentale; à agresser des femmes, dans l’espace public, devant des témoins systématiquement indifférents, au seul motif qu’elles n’étaient pas vêtues «comme tout le monde»!

De tout cela, ceux qui nous gouvernent ne semblent avoir cure. Ils continuent comme si de rien n’était, à défendre leur lubie du moment; allant jusqu’à se livrer à des exercices de rhétorique répudiant toute logique, faisant passer une sorte de «courrier des lecteurs» pour une consultation nationale pour pouvoir se prévaloir d’un chimérique «appui populaire massif», comme si l’opinion public était un supermarché aux rayon duquel on pouvait prendre ce que l’on considère comme une «bonne marchandise» et ignorer tout le reste de l’étalage. Heureusement que dans la démocratie électorale le résultat des urnes ne peut faire l’objet de telles manipulations et vivement des élections provinciales anticipées!

Voilà; C’est dit. Ouf!, passons aux choses sérieuses.

Passons aux choses sérieuses!

Est d’importance. Les choses sérieuses, c’est l’échéance du 3 novembre 2013, l’élection municipale.

La campagne entre dans sa dernière ligne droite. Bientôt nous devrons aller dans les isoloirs pour choisir celles et ceux qui vont gérer notre vie quotidienne pendant quatre années. L’événement est d’importance; car la fonction d’édile a été bien mise à mal au cours de ces dernières années.  Par la faute  de quelques brebis galeuses, élus ou chefs d’entreprises malintentionnés, mais surtout par la faute de tous ces électeurs qui n’ont pas pris leur responsabilité citoyenne au sérieux.

Ce triste épisode devrait rappeler chacun à ses devoirs. De sorte que les taux de participation au scrutin dépassent de manière conséquente ceux enregistrés en 2005 et en 2009.

C’est de cette manière seulement que nous pourrons nous donner la garantie que nous aurons les élus municipaux que nous méritons et que méritent nos villes et arrondissements.

Les choses semblent prendre ce cours. Et, satisfaction additionnelle, même des communautés culturelles dont la marque principale semblait être la léthargie civique, démontrent depuis quelques semaines une volonté de participation quasiment inédite.

Dans la course

Premier signe de cet engouement inédit : le nombre de candidats issus de la communauté, la diversité de leurs ambitions municipales et la répartition de ces candidatures à travers la Province.

À la clôture de la période des candidatures en effet, on comptait plus de vingt candidats – chiffre au demeurant non exhaustif – à la fonction d’édile, dont 18 en sont à leur première participation à ce niveau. Ce nombre multiplie par plus de 2,5 le score enregistré lors de la consultation municipale de 2009 à l’occasion de laquelle, la communauté ne comptait que 7 candidats parmi les siens.

Nouveauté également : tous les segments de la communauté (sépharades, algériens, tunisiens et marocains; hommes et femmes) sont représentés.

Troisième caractéristique inédite : ces candidatures sont réparties à travers tout le territoire québécois. À Montréal essentiellement, ce qui est normal compte tenu de la forte concentration maghrébine dans la Métropole, mais aussi à Longueuil, Chateauguay, L’Assomption, Lorraine, Laval et aussi loin qu’à Roberval.

Quatrième caractéristique inédite : la variété des ambitions des candidats, qui vont de l’aspirant conseiller d’arrondissement à la fonction de maire, en passant par la conquête de la fonction de conseiller de ville.

Partie au débat

La montée des candidatures n’est pas un phénomène isolé. Elle s’accompagne de la manifestation d’un réel intérêt pour la chose publique à deux niveaux : les participations de bénévoles aux campagnes de candidats de bon nombre des partis en présence et l’organisation, par plusieurs associations communautaires, de véritables campagnes de sensibilisation des électeurs à la participation au vote.

Pour n’en juger qu’à travers ce qui se fait à Montréal, un nombre sans précédent de bénévoles dans les équipes de différents candidats, appartenant aux principales équipes en lice, a été observé. Ces bénévoles sont dans les bureaux électoraux ou ils contribuent aux travaux d’organisation ou passent des appels téléphoniques aux électeurs pour faire sortir les votes; ils sont aussi sur le terrain, avec des candidats n’appartenant pas forcément à leur groupe ethnique, pour le porte-à-porte.

À ces actes individuels, il faut joindre les démarches collectives, initiées par le tissu associatif maghrébo-montréalais – y compris les associations à référent religieux –  qui organise, sans relâche depuis près d’un mois, rencontres avec les chefs de partis et les candidats et rencontres de sensibilisation du public à l’importance de la participation politique.

Un réveil bienvenu

Ce réveil civique est plus que bienvenu. On aura ainsi sans doute trouvé à travers lui le «chaînon manquant» dans la ligne vers l’intégration effective de cette communauté, riche d’un potentiel jusque là largement sous exploité, souffrant plus que toute autre – de manière fort injuste – de chômage et de sous emploi, confinée dans la précarité et cible de tous les préjugés.

En participant au vote du 3 novembre, elle démontrera qu’elle a compris que tous les bons changements passent obligatoirement par la participation et par les urnes et elle aura démontré que désormais, elle compte prendre la place qui lui revient dans sa société de vie et qu’il faudra dorénavant la prendre en ligne de compte.

Abdelghani Dades (Edito Atlas.Mtl 216)

 

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