Commentaires fermés sur Les noms d’une charte. Au-delà des peurs et des frustrations…

Les noms d’une charte. Au-delà des peurs et des frustrations…

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M Abdelghani Dades

Rien de nouveau sous le soleil, avec ce débat déchirant sur un projet de «charte des valeurs québécoises»; ni dans la thématique, ni dans les débordements auquel un tel sujet donne lieu, dans l’expression de toutes les peurs et de toutes les frustrations.

De tous temps en effet, et sous toutes latitudes, dès lors que deux ou plusieurs groupes humains aux mœurs et usages différents  se sont trouvées en présence dans un même territoire, un choc des identités s’est produit. Construction trop complexe pour être comprise même par ceux qui en sont les porteurs, l’identité a toujours dès lors été définie par le ressenti et la perception, dans l’ordre du subjectif, provoquant la peur plutôt que la réflexion et l’appel à la raison.

Dans le temps et dans l’espace, aussi loin que l’on regarde, à travers l’histoire et les continents, ce choc des identités,  exacerbé par nos sentiments grégaire d’insécurité et d’appréhension face à la différence, a existé. Au Québec, il vit, sous des formes diverses et sans cesse renouvelées, depuis plus de quatre siècle. Jusque dans ses formes violentes, certes moindres que celles qui ailleurs ont trop souvent débouché sur des tueries génocidaires, mais tout autant intolérables.

Pourtant on se plait à croire que l’humanité a suffisamment évolué dans ses comportements, individuels et collectifs pour que, à la lumière des enseignements de l’expérience et des penseurs, on se rende compte que la différence peut être autre chose qu’une raison de conflit et plutôt un outil d’enrichissement.

Et c’est à ce titre que nous voulons saluer aujourd’hui une tendance, parfaitement illustrées par trois activités événementielles proactives organisées la fin de la semaine écoulée, ayant en commun d’avoir démontré que la sérénité restait possible, que l’on pouvait encore débattre ici et maintenant sans fureur, sans clameurs et sans vociférations, de telle sorte que cette valeur québécoise de la prédisposition à la solution pacifique et raisonnée des conflits puisse y compris dans les situations les plus complexes.

Pour une Charte des valeurs publiques communes 

Dans un débat organisé par l’association Badr, association à référent religieux faut-il le rappeler, deux conférenciers ont abordés, sans outrance aucune, LA question qui fait controverse aujourd’hui au Québec.Au cours de son intervention, le premier conférencier, Rachid Raffa-Touhami, a mis en lumière les nombreux points de convergence existant entre les deux modèles proposés par le Canada et le Québec, multiculturalisme et interculturalisme, et les effets de ces modèles sur l’intégration des minorités ethniques. Recensant point forts et points faibles des deux modèles, l’orateur a illustré son propos en puisant dans les statistiques, au Québec et dans le reste du pays, sur la situation des immigrants et des citoyens issus de l’immigration dans le marché de l’emploi.  Idée forte à retenir de l’exposé de M. Touhami : son regret devant la régression enregistré au Québec, avec le passage du projet, élaboré et défendu par René Lévesque, de «Convergence culturelle» vers un «modèle interculturel Québécois» qui existe certes mais qui reste encore, hélas! «Au stade des énoncés ou de travaux universitaires purement conceptuels», une situation affirme-t-il qui s’aggrave encore du fait que les gouvernements du Québec, renonce à son rôle premier en confiant en sous-traitance de l’interculturalité à des organismes associatifs».

Pour ma part, intervenant après M. Raffa-Touhami, j’ais consacré la première partie de mon exposé à des rappels historiques, au Québec et dans le monde, du «Choc des identités» dont l’une des expressions est le débat actuel sur le projet de charte des valeurs. Avant de tenter de répondre à la question : dans quoi la diversité et le choc des identités sont-ils solubles?» .                Et de proposer une réponse, dans laquelle d’ailleurs je rejoins Rachid Raffa : «Dans l’adhésion des minorités et de la majorité à une Culture Publique Commune, dont le fondement serait la citoyenneté et la participation à la vie publique, notamment la participation à la vie politique» de la société de vie.

Il y a là, à mon sens, l’expression d’un arbitrage raisonnable entre laïcité, valeurs québécoises et tous autres concepts qui, à l’évidence, ne sauraient faire loi, pour clore un débat désastreux.

BADR poursuit ainsi, sous une nouvelle forme,  un effort mené par plusieurs associations à référent religieux, qui, tout récemment encore, ont  ouvert leurs portes et les portes de leurs lieux de culte à la différence religieuse et au débats politiques.

Pour revenir à l’essentiel

Les cris et la fureur qui sont la marque du débat en cours nous ont fait oublier que s’il est nécessaire de ne pas éluder les interpellations identitaires, l’essentiel pouvait aussi se situer ailleurs. L’essentielle, l’activité organisée par le Congrès des Maghrébins au Québec est venue nous le rappeler. Le 4eme gala Annuel du CMQ en effet, consacré à la valorisation des réussites entrepreneuriales des membres d’une communauté largement discriminée, a démontré brillamment que cette communauté pouvait faire mieux que s’intégrer, contribuer au devenir du Québec par la création de richesse et d’emploi, par l’innovation, par le rayonnement du «made in Québec» au niveau international. Cette édition, qui poursuit une action citoyenne multiforme soutenue depuis plus de cinq ans démontre – a contrario – combien nous coûte cher, tout québécois inclus, l’exclusion (ou la non-inclusion) de tout le potentiel détenus par nos minorités culturelles et ethniques. Une tâche de longue haleine, mais nullement vaine puisque, ce soir-là, par la qualité de l’assistance et sa densité, nous avons pu constater que les messages portés par Monsef Derraji, président du CMQ, commençaient à être distinctement entendus, autant par la petite communauté des québécois originaires du Maghreb que par par la grande communauté québécoise dans son ensemble.

Le canal de la sagesse

On ne manquera pas non plus de signaler un fait médiatique : la diffusion par TV5 Amérique d’une merveilleuse série, tous les lundis à partir de 22 heures, «Juifs et Musulmans; Si loin, si proches». Cette série  devrait être projetée dans tous les établissements scolaires du Québec et proposée au débat. Cela nous permettrait d’espérer que, chez les générations futures, l’intelligence sociale et humaniste prenne lieux et places des réflexes d’autodéfense contre un ennemi imaginaire (la différence) qui anime les débats de l’heure.

TV5 Amérique, joint à cette diffusion un autre acte méritoire : l’obtention de l’autorisation du CRTC pour diffuser  «Berbère TV» sur le territoire canadien; une façon de plus d’élargir nos horizons et de nous inciter un peu plus à la curiosité, à l’envie d’apprendre et comprendre, de mieux approcher le vivre-ensemble auquel le portrait démographique et la géographie humaine du Québec nous invite tous les jours. Comme quoi il y a aussi des media qui peuvent faire œuvre utile…

Abdelghani Dades (Edito Atlas.Mtl 215)

 

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