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Projet de charte des «valeurs québécoises» Foire d’empoigne!

Projet de charte des «valeurs québécoises»  Foire d'empoigne!Le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, doit présenter sa charte des « valeurs québécoises », un enjeu sensible, dans le courant du mois de septembre. C’est ce qu’a annoncé dernièrement un journal de la place qui croit savoir que le texte élargirait l’interdiction du port de signe religieux dans l’espace public, y compris à l’école et dans les garderies. Selon ces informations, le gouvernement du Québec s’apprête à interdire le port du turban, du voile intégral, de la kippa et autres signes religieux ostentatoires.

Les écoles privées seraient toutefois épargnées, tout comme les garderies non subventionnées et les services de garde en milieu familial.

« Le gouvernement a clairement dit qu’il souhaitait ramener le principe de l’égalité homme-femme, de faire en sorte de clarifier ces situations-là; pour le reste, M. Drainville est au clair », a commenté le président du Conseil du Trésor, Stéphane Bédard. « Il fera connaître la position du gouvernement en temps et lieu. »

Une charte radicale?

L’opposition n’a pas tardé à dénoncer la position du gouvernement dans cet épineux dossier. « Le Parti québécois tente de faire diversion », a ainsi avancé l’ancien député du Parti libéral du Québec (PLQ), Raymond Bachand.  Il reproche au gouvernement de tenter de détourner l’attention de la situation de l’emploi et des finances publiques en braquant les projecteurs sur un autre sujet.

Sur le fond, M. Bachand a estimé que le projet de charte des valeurs québécoises, tel que décrit dans certain journaux, va trop loin. « On va attendre de voir le projet, mais ce qu’on lit dans les journaux dépasse ce qui est raisonnable. »

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, déplore quant à lui les positions du gouvernement et du PLQ. Il estime que celle du PLQ est trop molle alors qu’il qualifie celle du gouvernement de « radicale ». « Plus de signe religieux nulle part, pas d’accommodements », déplore M. Legault. « Nous ferons connaître notre position qui en sera une équilibrée », a-t-il poursuivi.

Québec solidaire (QS) déplore également le bannissement de signes religieux dans l’appareil étatique. La porte-parole de QS, Françoise David, estime que l’État doit être laïque, mais pas nécessairement les employés qui dispensent les services aux citoyens. Elle estime que la croix qui trône au-dessus du président de l’Assemblée nationale devrait être déplacée avant d’imposer la laïcité aux employés de l’État. La prière devrait aussi être proscrite avant les conseils  municipaux, selon Mme David.

Mme David souligne toutefois quelques exceptions. Son parti s’oppose au port du voile intégral dans la fonction publique et au port de signe religieux pour les personnes qui « représentent directement l’autorité de l’État ». Mme David a cité, à titre d’exemple, les juges, policiers, procureurs de la Couronne et les gardiens de prison.

Mme David a également déploré que les femmes soient les plus touchées par ces nouveaux interdits. « Ce débat touche des milliers de personnes, et surtout, surtout – à 90 % probablement – des femmes », précise Mme David.

Le bannissement des signes religieux ostentatoires, s’il est inclus dans la charte des valeurs québécoises, irait ainsi plus loin que les recommandations émises dans le rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles – mieux connu sous le nom de commission Bouchard-Taylor – publié en 2008.

Le rapport de plus de 300 pages de la commission Bouchard-Taylor, du nom de leurs auteurs Gérard Bouchard et Charles Taylor, formulait 37 recommandations. Entre autres, ils proposaient au gouvernement du Québec de produire un livre blanc sur la laïcité, de promouvoir l’interculturalisme, de mieux intégrer ses immigrants et de les protéger plus efficacement contre toute forme de discrimination.

Une nouvelle fracture sociale ?

Le bannissement de tous signes religieux apparaît inconcevable pour l’un des coprésidents de la commission Bouchard-Taylor, Charles Taylor. « C’est un pas dans la mauvaise direction parce que ça va nous diviser profondément », explique M. Taylor.

M. Taylor rappelle que le principe des conclusions du rapport de la commission qu’il a coprésidé était simple : « les institutions sont neutres et les individus sont libres ».

Il convient que l’interdiction de certains symboles religieux dans certaines fonctions est nécessaire et souhaitable, notamment lorsque le symbole religieux pose un problème de fonctionnement dans l’emploi occupé. Il cite l’exemple d’une personne qui voudrait enseigner avec un niqab. Le port d’un tel vêtement entre en conflit avec la fonction, selon lui. « Ça empêche de voir les élèves ou que les élèves te voient, ça, c’est fonctionnellement à proscrire », poursuit-il.

Une telle charte provoquerait des divisions profondes, selon M. Taylor. « Ça exclut des gens de la société québécoise à part entière », poursuit-il. Il déplore que les accommodements visent à retirer « des obstacles existants » alors que la charte créerait « toute une catégorie de nouveaux obstacles ».

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