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Commission Charbonneau: Les faiseurs de rois…

Commission Charbonneau: Les faiseurs de rois…Chacune des séances de la Commission Charbonneau, m’a sans cesse ramené un nom en tête : Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, noble en rupture de banc, ecclésiastique défroqué et homme politique français des XVII et XVIII ème  siècles. Talleyrand, que Napoléon Bonaparte appelait, selon ses humeurs du moment, soit le «diable boiteux», soit le «paquet de m… dans un bas de soie», avait eu assez d’habileté pour traverser, dans des positions de pouvoir, la révolution française, l’empire et la restauration de la monarchie.

Mais c’est le témoignage de Gilles Cloutier qui  m’a donné la clé de cette réminiscence.

Gilles Cloutier en effet a assis son pouvoir et son influence sur une science de la vie et des hommes et de leurs motivations qui lui ont permis de gagner 55 des 60 élections organisées par ses soins, aux différents paliers politiques.

Comme Talleyrand, pendant un bon demi siècle, Cloutier, a joué au faiseur de rois, ayant toujours quelques grands décideurs dans sa manche et suscitant suffisamment de peur-respect pour que jamais quiconque, parmi gens d’argent ou de pouvoir, puisse se déclarer son ennemi ou manquer de le courtiser.

Et pendant un demi siècle aussi, sans jamais le moindre mandat officiel, contournant toutes les règles du jeu politique avec art et parfois avec génie, il a fait la politique, notre politique. Démocratiquement au demeurant, puisque si ses actes ont rarement été moraux, ils n’ont jamais ou presque, frayé avec l’illégalité.

Au-delà de l’immunité qui lui est accordée sur ces propos, il n’y a en effet – en matière pénale-judiciaire – quasiment rien à lui reprocher. Sauf peut-être d’avoir usé jusqu’au mésusage des libertés que la loi accorde à tout citoyen; d’avoir fait sienne cette déclaration d’un ancien Premier ministre du Québec voulant que «toutes nos libertés ne sont pas belles à voir; mais ce sont nos libertés»; de n’éprouver aucun remord apparent et de justifier, a posteriori, toutes ses actions en les mettant sur les mœurs de son époque.

Loin de nous l’idée de le juger; mais n’empêche, une question se pose : pourquoi a-t-il été si loquace devant la Commission?

Certes, le subpoena qui lui a été adressé avait-il force contraignante, mais rien ne l’obligeait à vider son sac avec autant de bonne volonté et surtout de clarté et de précisions dans les propos.

À notre sens, pour Gilles Cloutier, aujourd’hui au crépuscule de sa carrière, il importe autant que d’avoir fait sa politique, il continue de faire la politique en fournissant à qui veut bien l’entendre, des outils sans lesquels la chose publique ne saurait évoluer. Ses déclarations devant la Commission Charbonneau seraient ainsi, non pas des aveux, mais un legs, un héritage, que nous devront lire, y compris entre les lignes, afin de contribuer à l’avènement d’une meilleure administration, d’une meilleure gouvernance.

Essayons dès lors de tirer de son témoignage la substantifique moelle.

En ce sens, il serait par trop léger de croire que les seuls biais et travers qui ont rendues possibles les «Cloutieries» résident dans un mode de financement de l’activité politique.

Toutes sortes d’expériences en la matière ont été menées de par le monde, des dizaines de modes et modèles différents ont été testés et, toujours, il se trouve un Cloutier pour les tourner à son avantage et à l’avantage de ceux qui font appel à ses services.

Bien sûr, ce volet n’est pas négliger. Mais il est un autre aspect que la Commission Charbonneau – ce n’est pas son mandat – n’examinera pas : celui de l’expression individuelle de la responsabilité collective, celui de la citoyenneté et de l’accomplissement des devoirs qu’elle impose.

Ne trouvez-vous pas en effet, à tout le moins préjudiciable, qu’un conseiller d’arrondissement, un conseiller de ville ou un maire, puisse être élu avec 1200, 2500 ou 2800 vote, y compris dans une agglomération aussi densément peuplée que Montréal, dans des circonscriptions ou le nombre de personnes ayant qualité d’électeur est cinq ou dix fois plus important ?

Si vous trouvez que ces chiffres sont incongrus, vous êtes sans doute prêt à considérer qu’il est plus aisé de circonvenir 1200 électeurs que 6000 ou dix mille.

Et si tel est le cas, vous aurez compris que ce que peut faire un Cloutier ne pet être défait que par des dizaines ou des centaines de Cloutier, nous tous, par un acte simple : ne pas laisser faire, rester attentif à ce qui se fait autour de nous, qu’on dit faire pour nous, mais qu’on ne peut laisser faire sans nous.

Comment? Le plus simplement du monde, en allant voter.

Ce n’est que de cette manière qu’on pourra mettre fin au règne des «faiseurs de rois», qu’on redonnera à la démocratie non pas son lustre, mais son utilité.

Abdelghani Dades (Edito Atlas.Mtl 205 du 9 au 22 mai 2013)

 

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