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La citoyenneté corrompue

Rares sont les personnalités politiques québécoises qui auront obtenu trois mandats populaires successifs et plus rares encore ceux de nos élus qui auront pu mener à terme ce troisième mandat.

Gérald Tremblay, ancien ministre des finances et de l’économie du Québec et (désormais également ancien) maire de Montréal en aura fait l’expérience à son tour. Élu à la magistrature municipale suprême en 2001, réélu en 2005 et reconduit dans ses fonctions en 2009, il lui aura tout juste manqué douze mois pour que la sanction des urnes, une sortie honorable sommes toutes, l’envoie à la retraite. On se serait alors souvenu de lui comme d’un édile à la longévité remarquable et peut-être aussi comme d’un élu dont l’action aura permis à sa ville de prendre un essor et de se forger une image qui la placent dans la cour des grands, aux côtés de métropoles prestigieuses telles Barcelone ou Paris. On ne se serait même pas souvenu de ce côté irritant qui était le sien, un «homme de dossier» plus souvent cloîtré dans son bureau que présent sur le terrain; ce qui a laissé penser à plus d’un de ceux qui avaient voté pour lui – à la tête d’une ville qui aime qu’on la prenne à bras le corps et qu’on la bouscule un peu – qu’il était hautain et qu’il méprisait peut-être un tantinet  ses concitoyens.

Maintenant, bien que la démission soit généralement un acte de plein gré, on ne pourra jamais s’empêcher de penser qu’il a été chassé par un scandale, par une affaire de corruption quasi-institutionnalisée, par des comportements indélicats qu’ils n’avaient pas le droit d’ignorer et dont il n’avait pas le droit d’ignorer l’existence à l’Hôtel de Ville. Le droit à la présomption d’innocence, l’histoire nous l’a appris, ne résiste pas au temps. Pas plus que l’innocence même prouvée, d’un responsable public, en situation semblable à celle que nous vivons, ne trouve place dans l’imaginaire collectif d’une société.

Dommage également pour le maire démissionnaire, autre leçon de l’histoire : chaque affaire de cet acabit fait oublier toutes celles qui l’ont précédé. Obnubilés par les révélations de la commission Charbonneau sur la gestion de la chose publique, on voue G. Tremblay aux gémonies et on oublie qu’il n’est pas l’inventeur – volontaire ou involontaire – de la corruption des fonctionnaires et des politiciens. Celle-ci est en fait aussi vieille que la vie en société, elle est la chose la mieux partagée du monde et le Québec comme Montréal, pour quelle raison en auraient-ils été exemptés?, y ont déjà goûté d’ailleurs. Un exemple? Prenez celui du Premier ministre Honoré Mercier, chassé du pouvoir parce que l’un de ses ministres avait exigé et obtenu un pot-de-vin d’une compagnie de chemins de fer…

Reste à espérer que tout cela; ces tonnes d’encre et ces flots de parole qui ont mené un maire à se démettre; n’aura pas été vain. Peut-être devrait commencer à prendre chacun ses responsabilité, de cesser de se cacher derrière la vraie fausse idée voulant que c’est la corruption chez les responsables qui a provoqué le cynisme te la démission des citoyens. La vérité est que c’est l’indifférence des citoyens qui a ouvert la voie devant le laisser-faire-laisser -aller chez certains élus face aux dérives de certains fonctionnaires.  La vérité est que c’est notre citoyenneté ainsi corrompue qui a fait que la corruption a pu trouver porte ouverte à l’Hôtel de Ville.

Dès lors, la voie du salut, plus que dans la concorde comme le veut la devise de Montréal, est et ne saurait être que dans  la participation et la vigilance des électeurs. Insistons sur la vigilance. Celle des citoyens. Car dans le microcosme politique, les idées  pour faire face à la situation pourraient bien être déjà arrêtées. Sachant les tendances centralisatrices qui sont celle de tous les gens de pouvoir, laisser faire les seuls politiciens reviendrait à exposer la démocratie à quelques risques.

Comment en effet interpréter les propos tenus sur la question par François Legault, chef de la CAQ? Certes ne veut-il pas parler de tutelle, mais il serait favorable à la présence dans les municipalités, d’un agent nommé par le gouvernement et donc non élu, qui aurait le pouvoir d’annuler toute décision des élus et de leurs instances à laquelle il lui semblerait bon de s’opposer. En établissant ce type de contrôle à priori sur les projets municipaux, on pourra sans doute éviter les collusions et les surcoûts injustifiés. Mais cela se fera d’une part en alourdissant la bureaucratie et les processus de prise de décision et d’autre part au total détriment des conseils élus locaux qui ne seraient plus dès lors que des sortes d’assemblées consultatives sans pouvoirs réels et dont l’existence n’aurait plus que peu de justification.

Emprunter une telle voie et attribuer une telle prérogative à un gouvernement majoritaire, composé de ministres aux idées bien arrêtées, pourrait bien constituer une sorte de négation de l’esprit même de la décentralisation et du principe de participation et de gestion leurs affaires par les citoyens.

Ce n’est sans doute pas là ce que pense vraiment M. Legault ni ce qu’il veut. Ce n’est pas ce que nous, citoyens, voulons.

Ce que nous voulons c’est, comme la Grande noirceur  a donné naissance à la Révolution tranquille, que la crise actuelle à Montréal, à Laval (et possiblement ailleurs ou à d’autres niveaux de gouvernement encore) pourra engendrer une autre façon de gérer le Québec et ses municipalités, la vie publique et notre propre quotidien.

Et pour que cela soit, cessons de regarder la Commission Charbonneau comme le dernier spectacle à la mode en ville. Tirons-en les enseignements qui s’imposent et faisons des douze mois qui viennent une année de l’engagement. Pour que, en novembre 2013, lorsque nous élirons notre prochain maire, nous choisissions bien l’homme ou la femme, qui sera capable de nous donner ce que noue en attendons, ce que nous attendons de la démocratie.

Abdelghani Dades: (Edito Atlas.Mtl 193 du 08 au 21 novembre 2012)

 

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