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Si on devait voter cet automne…

Un récent sondage Léger Marketing, réalisé pour le compte du journal Le Devoir laisse entendre que 55% des Québécois, soit plus de un Québécois sur deux, «souhaite des élections et vite».

Voilà qui ne laisse pas d’étonner quelque peu; ne serait-ce que dans la mesure où les fièvres électoralistes, si l’on en juge par la tiédeur constatée au cours des cinq dernières années et la faiblesse des taux de participation au cours des trois plus récentes consultations électorales, ne sont pas vraiment un symptôme fréquent chez nos concitoyens.

Certes, les analystes tempèrent-ils les chiffres en se référant à la méthodologie («Le sondage a été mené en ligne auprès de 1000 personnes. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20. On ne peut toutefois pas définir de réelle marge d’erreur pour les sondages menés par Internet ; l’échantillon utilisé pour sonder n’ayant pas été établi de manière parfaitement aléatoire» est-il écrit en toutes lettres).Mais il n’empêche; le fait est là : M. et Mme «On» veulent aller aux urnes !

Une question s’impose alors : Pourquoi? 

Les sondeurs l’on posée cette question. Et voici la réponse obtenue : «Invités à choisir parmi un groupe de cinq sujets d’actualité ce qui sera à leur avis le principal enjeu de la prochaine élection, les répondants ont mis devant les thèmes de la corruption et la question étudiante (34 % chacun). Un peu moins d’une personne sur cinq identifie plutôt la « propriété des ressources naturelles », alors que les questions de la souveraineté (4 %) et de la langue (2 %) arrivent loin derrière.»

Analysons cette réponse.

Accumulation d’émotions

Elle met en avant deux éléments : la crise étudiante et la Commission Charbonneau; c’est-à-dire les deux faits les plus médiatisés du moment; ceux qui suscitent le plus d’émotions chez le citoyen Lambda.

La crise étudiante en effet, ne serait-ce que par son cortège de manifestations, perturbe notre quotidien; elle a menacé – O! Sacrilège – le déroulement du Grand Prix de formule 1, elle gêne la circulation dans la ville, elle pourrait perturber les festivals du début de l’été, bref, elle attente à notre quiétude et à nos habitudes et bouscule nos petits conforts. Il faut donc que cela cesse.

Quand au dossier dont connaît la Commission Charbonneau, il peut populairement s’exprimer en ces termes : «On met la main, indûment, dans notre poche commune, celles où l’on met nos impôts», donc «On» nous vole, on nous dépossède» et devant cette vérité, peu importe ce que la Commission conclura, il faut que ça change».

Ce double constat, ne l’oublions pas, est dressé alors que se déroule le lamentable show Magnotta, une sordide affaire de mœurs, bien sanglante, hyper-médiatisée également et dont on aurait certainement tort de sous-estimer les effets sur notre psychisme collectif, la fragilisation de nos certitudes quand à la sécurité de nos personnes, le sentiment d’impuissance qu’elle provoque en nous etc.

On est donc en pleine crise, presque existentielle, de sorte que le jugement s’en trouve altéré au point que lorsque que l’on en arrive aux conclusions «Il faut que cela cesse» et «Il faut que cela change» on en oublie de se demander «Mais comment?».

Vote circonstanciel

Vérité populaire oblige, tout étant toujours «la faute à ceux qui nous gouvernent», une consultation électorale serait sans doute la panacée.

Mais sera-t-elle efficace? Dans les conditions ci-dessus décrite, certainement pas. En glissant nos bulletins dans les urnes, on aura bien sûr l’impression de reprendre en main notre destin; mais la potion votative ne sera qu’un acte votif, aux effets éphémères. Car nos votes ne seront, comme les preuves du même nom, que circonstanciels, basés sur des intimes convictions subjectives, fondés sur les impressions du moment; en une phrase, tout le contraire de ce que doit être l’acte citoyen suprême, celui du choix, entre plusieurs candidats et programmes, de ceux qui nous semblerons être les plus aptes non seulement à régler nos difficultés d’aujourd’hui mais nous faire croire en un avenir encore meilleur. Appeler à des élections dans ces conditions, c’est aller aux urnes avec pour seule demande et message à la future majorité ou au futur gouvernement de régler des problèmes de mécanique administrative (frais de scolarité et moralisation de la vie publique) sans souci de l’avenir.

Près de leurs électeurs, les partis politiques ne manqueront pas d’emprunter cette voie. Et tous oublierons alors de nous parler des vrais questions : développement économique, emploi, justice, équité et égalité sociale (en panne total au Québec, à en croire le dernier rapport de la CDPJ), développement durable, qualité de vie etc.

Nous avons tout l’été pour réfléchir à tout cela. Mais pour ma part, une intime conviction est déjà là : si nous devons voter cet automne, mon vote ira à celui des partis qui ne me parlera ni de carré rouge, ni de collusion, mais à celui qui m’entretiendra, durant toute la campagne, de futur, de projet de société, de modèle de gestion.

Abdelghani Dades: (Edito Atlas.Mtl 183 du 21 juin au 4 juillet 2012)

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