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Solitude ultim

Feu Hassan Soussi (photo prise en 1998)

L’histoire est bouleversante; et pourtant elle est presque banale. C’est l’histoire d’un homme, comme tous les autres ou presque; dont la vie aura ressemblé à celle de presque tous les autres. C’est dans ses derniers instants qu’elle diffère, mais à peine, du sort commun tant il est vrai qu’au moment de pousser son dernier soupir, tout humain est seul. Jamais cependant, cette ultime solitude ne se prolonge ou – du moins – ne devrait se prolonger  comme cela à été le cas pour  Hassan Soussi.

Hassan Soussi est mort ; quand ? Nul ne saurait le dire. Sa dépouille a été retrouvée dans sa dernière demeure terrestre par la police, alertée par le concierge de l’immeuble, probablement venu réclamer un loyer en retard et qui ne savait même plus si sa dernière rencontre avec son locataire remontait à deux ou trois semaines.

Comment un tel drame peut-il être possible alors que nous sommes supposés vivre «en société», c’est-à-dire dans un groupe solidaire ? Comment Hassan Soussi  a-t-il pu être «oublié» ainsi ?

Cet originaire du Maroc, vivant au Canada depuis plus de 30 ans n’avait-il pas d’amis qui auraient pu  (et du) s’inquiéter de son absence ? À l’évidence non ! N’avait-il pas de famille ? On nous dit qu’il était divorcé et sans enfants et que ses plus proches parents vivent loin, très loin, trop loin, à Safi, au Maroc.

Seul donc; sans à son chevet une âme charitable pour lui donner une gorgée d’eau pour humecter sa bouche asséchée par le goût de la mort ; pour lui prendre la main et  alléger la détresse qui monte sans doute quand on exhale un souffle sans retour ; sans une main charitable pour lui fermer les yeux lorsque la vie a quitté son enveloppe terrestre.

Le tout dans un silence qui contraste singulièrement avec les rumeurs, les bruits et la fureur qui montent sans cesse de la ville, tout près, tout autour de ce studio, sur la rue Greene, en plein centre ville de Montréal, où se scellait sa vie, à portée de voix d’une foule alternant fêtards et manifestants.

Si quelqu’un avait été là le destin de cette homme aurait-il pu autre ? Aux instants critiques si une éventuelle compagne ou un éventuel compagnon, un colocataire, un ami, un voisin, n’importe qui pour appeler les secours, aurait-il survécu ou serait-il quand même mort ?

Hassan Soussi avait la cinquantaine ; âge ingrat, trop jeune pour attirer l’attention des services sociaux, trop vieux en revanche pour vivre seul ; il est mort comme il a vécu, sans faire de bruit, sans que personne ne se rende compte ni de son existence ni de son trépas.

L’affaire ne fera pas la Une des journaux à grand tirage, elle ne sera citée dans le discours d’aucun politicien, elle ne provoquera nulle émotion dans l’opinion publique. C’était pourtant un citoyen, qui s’acquittait sans aucun doute de tous ses devoirs. Aura-t-il bénéficié de tous ses droits? Dans le cours de sa vie on n’en sait rien, mais son droit à la dignité dans la mort à incontestablement été bafoué.

Or les Hassan Soussi – qui peuvent aussi s’appeler Tremblay, Shashi, Lopez, Lévy, Karpov ou Diawara – sont bien plus nombreux qu’on ne le pense. On ne les voit plus parce qu’on ne les entend pas. Parce qu’ils ne revendiquent rien, ne manifestent jamais.

Leur silence et leur transparence ne nous exonèrent cependant pas de nos responsabilités, de notre devoir d’engagement pour la réalisation d’un projet de société sans laissés-pour-compte.

Ce n’est hélas pas le cas tant les vains combats prennent de place dans nos vies, nous plongeant dans une sorte d’autisme par lequel nous croyons agir collectivement alors qu’en fait, nous nous  contentons d’additionner nos petits mondes personnels, nos égoïsmes; sans souci de notre prochain,  de l’autre fut-il un collègue, un voisin…

Abdelghani Dades: (Edito Atlas.Mtl 181 du 24 mai au 6 juin 2012)

 

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