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SNC-Lavalin: des affaires en famille

Cette photo de Riadh Ben Aïssa a été prise dans les années 80, à l'époque où il était considéré comme un «sauveur» pour Lavalin, selon le livre promotionnel publié l'an dernier pour le centenaire de la firme. PHOTO FOURNIE PAR SNC-LAVALIN

(TUNIS) Népotisme, corruption, chantiers gérés avec incompétence: SNC-Lavalin a dérapé en Afrique du Nord. Au coeur de ce scandale, la filiale du géant du génie québécois à Tunis et son ancien grand patron, Riadh Ben Aïssa.

L’épicentre du pire scandale financier de l’histoire de SNC-Lavalin se trouve au 4, rue Ibn Badis, à Tunis.

L’immeuble de trois étages aux vitres bleutées, protégé par un mur et quelques gardiens, n’attire pas particulièrement l’attention. La firme de génie québécoise n’est guère connue en Tunisie.

Mais c’est par ce bureau qu’ont transité des paiements douteux de dizaines de millions de dollars. C’est entre ces murs qu’un complot aurait été ourdi pour faire sortir Saadi Kadhafi de Libye, en août 2011, au moment où se désagrégeait le régime de son père.

C’est ici que Riadh Ben Aïssa menait ses affaires en Afrique du Nord. L’ancien haut dirigeant de SNC-Lavalin est maintenant détenu en Suisse, où il est soupçonné de blanchiment d’argent et de corruption d’agents publics à l’étranger.

SNC-Lavalin a limogé Riadh Ben Aïssa le 9 février. Tous les liens avec l’ancien dirigeant ont été rompus… ou presque: la firme continue de payer un loyer à sa famille puisque le siège social de Tunis est situé sur un terrain qui appartient au clan Ben Aïssa.

Partageant la même adresse, l’immeuble voisin abrite Orbit Média, une entreprise gérée par la mère de ce Canadien d’origine tunisienne.

Beya Dellagi-Ben Aïssa fournissait les bureaux de SNC-Lavalin en matériel informatique jusqu’à la disgrâce de son fils.

D’autres membres de la famille ont profité de l’ascension fulgurante de Riadh Ben Aïssa chez SNC-Lavalin.

Les plans de la prison controversée de Gharyan, en Libye, ont ainsi été confiés à l’architecte Ramla Benaissa, soeur de l’ancien vice-président-directeur de la firme.

La Presse a appris que le gouvernement libyen a préféré les plans de Mme Benaissa aux plans originaux, dessinés en 2007 par une boîte libyenne, TEAM Design Studio, et par un architecte italien, Domenico Alessandro De Rossi. Cet universitaire est coauteur d’un livre sur les normes architecturales à adopter afin de respecter les droits des prisonniers.

«J’ai envoyé un rapport à ce sujet à SNC-Lavalin. Après ce service, je n’ai eu aucun remerciement. Rien que le silence», s’étonne M. De Rossi, qui juge les plans de Mme Benaissa «très, très différents» de ceux qu’il avait lui-même dessinés.

«Le ministère de la Justice avait approuvé nos plans à l’époque», se souvient l’architecte libyen Mustafa Mezughi, de TEAM Design Studio. Pourtant, le gouvernement a finalement rejeté le projet, prétextant des coûts de construction trop élevés.

À peu près au même moment, Riadh Ben Aïssa et Saadi Kadhafi, le fils de l’ancien dictateur, ont mis sur pied une entreprise chargée de réaliser des projets civils et militaires en Libye.

Leur premier projet était la prison de Gharyan, au sud de Tripoli. Destinée à redorer l’image d’un régime brutal et reconnu pour ses graves violations des droits de la personne, cette immense prison moderne devait coûter 275 millions de dollars.

Mme Benaissa, qui gère sa petite boîte d’architectes à Philadelphie, a obtenu le contrat «selon les procédures normales et à juste prix», assure la porte-parole de SNC-Lavalin, Leslie Quinton.

«C’est peut-être justifiable, mais dans mon esprit, ce n’est pas correct sur le plan éthique, et cela reste un conflit d’intérêts», estime toutefois M. Mezughi, qui dit n’être pas en mesure de se prononcer sur la qualité des plans de Mme Benaissa.

Cette dernière a aussi obtenu un contrat de SNC-Lavalin pour la réhabilitation de deux lacs à Benghazi. Comme la prison, ce projet a été suspendu lors du soulèvement libyen, en février 2011.

Selon Mme Quinton, Riadh Ben Aïssa avait omis de signaler officiellement le conflit d’intérêts à l’égard de sa soeur, de même que ceux concernant sa mère et le siège social de Tunis.

Rafik Benaissa, le frère de l’ancien dirigeant, pratique la médecine aux États-Unis. Mais il est aussi président de Benaissa Oil, une entreprise spécialisée dans l’exploration du pétrole et la vente d’équipements de sécurité. En 2009, il a tenté de percer le marché libyen en participant à une exposition de matériel lié à la défense à Tripoli.

L’adresse du siège social de Benaissa Oil est le 4, rue Ibn Badis à Tunis.

Le frère, la soeur, la mère et l’avocat de Riadh Ben Aïssa ont refusé d’accorder une entrevue à La Presse.

Isabelle Hachey
La Presse

 

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