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Laïcité : La pluralité des limites ou les limites de la pluralité

Kamal Benkirane

Le thème de la laicité suscite autant de controverses en Occident que dans les pays musulmans en regard des frictions politiques et sociologique qu’elle engendre sous la bannière des religions. A ce propos, je me permets de formuler un point de vue argumenté en étant conscient qu’il n’y a pas de demi-mesures. Ces quelques points soulevés ne cautionnent pas forcément l’émergence des radicalismes dont le radicalisme évangéliste chrétien et islamiste. Elles ont d’emblée pour objectif d’interpeller sur le manque de discernement qui continue de creuser le fossé entre les civilisations.

Voici les quelques problèmes que posent la laicité donc, des réflexions que je fais miennes :

  •  la laïcité n’a jamais clairement établi les conditions d’une éthique de la laïcité, dans la confrontation des urbanités culturelles et communautaires.
  • la laïcité doit supposer que les différentes « morales » traditionnelles ou modernes acceptent de se corriger les unes les autres, et de construire ainsi un espace co-habitable.
  • Les tendances laïques ont clairement démontré leur réticence à intégrer des religions tels que l’Islam (religion aux courants divers), d’où le sentiment de l’exclusion générée, et d’où cette obligation de l’état  de se désinvestir du religieux, ce qui prend donc et à contre-pied la laïcité. Il faudrait donc une éthique qui comporte ce respect des pluralités et des discontinuités, en même temps que le sens de la cohérence et de la solidarité interne de chacun et de nos sociétés : la question c’est  de savoir comment vivre ensemble la pluralité des limites, et les limites de la pluralité ?
  • Les tendances laïques ont de plus en plus de la misère à formuler une éthique qui comporte ce respect des pluralités et des discontinuités, en même temps que le sens de la cohérence et de la solidarité interne de chacun et de nos sociétés : comment vivre ensemble la pluralité des limites, et les limites de la pluralité ?
  • La laïcité ne peut pas répondre à l’inquiétude de ceux qui déplorent l’absence d’identité. Elle ne peut pas répondre à l’inquiétude de ceux qui redoutent le retour de traditions intégristes et exclusives, et qui demandent un peu plus d’humanisme,
  • la laïcité n’est pas capable de se désacraliser, dans le sens d’être plus ouverte et pluraliste, plus pragmatique !! la laïcité n’arrive pas a trouver des réponses a des questions telles que : faut-il oui ou non renforcer la laïcité pour définir un espace d’égalité et de cohésion nationale homogène ? L’affaire des foulards peut être considérée comme un symbole de cette crise, qui révèle la difficulté à intégrer les « nouveaux musulmans » en occident, et ce dans les termes d’un contrat qui faisait de la séparation du religieux et du politique la base de la possible coexistence entre le droit civil et la sincérité religieuse.
  • Les lois de la laïcité ont été édictées au rythme des victoires des tendances laïques composées par les “compromis”, et qui ont permis à cette laïcité de rentrer dans les mœurs. Ce compromis délicat reste néanmoins fragilisé, déstabilisé par l’obligation d’intégrer une population musulmane non négligeable.

On ne passerait pas sous silence le modèle turc dont on ne peut pas dire que c’est un modèle réussi a 100%, mais tout de même que c’est un  modèle qui a empêché les guerres fratricides en Turquie. La laïcité turque, se voulait héritière d’une moralité définitivement désaffiliée de la religion, se retrouve perçue en Turquie comme corrompue, cheval de Troie de la débauche et du matérialisme de l’Europe. Elle ne tire pas ses repères à la sécularisation comme en France. Bref, l’interventionnisme de l’État Turc dans la religion a fait de l’Islam sunnite une sorte d’appareil idéologique d’État, à l’exclusion des tendances plus hétérodoxes : les alévis, les chafi’ites kurdes, certaines confréries plus mystiques mais moins ritualistes, qui insistent davantage sur la conversion du cœur ou sur la nécessité de penser ensemble la foi et la science, etc.

Finalement, avec la montée des partis islamistes dans certains pays comme le Maroc, l’avenir de la démocratie dépendra beaucoup des capacités à lier identité collective et identité individuelle, communautarisme identitaire et libéralisme politique, et à assurer l’autonomie de l’espace public vis-à-vis du pouvoir étatique, que ce dernier soit laïque ou islamique.

Par  Kamal Benkirane

Atlas.Mtl 175 du 1 au 14 mars 2012

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