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Aéroports: une mesure de sécurité controversée

OTTAWA – L’organisme canadien responsable de la protection de la vie privée s’inquiète d’une mesure anti-terrorisme visant à analyser le comportement des voyageurs dans les aéroports.

Le gouvernement fédéral a annoncé l’an dernier qu’il élaborait un programme d’analyse du comportement des voyageurs afin de débusquer les terroristes dans les aéroports, avant qu’ils ne prennent l’avion.

Des agents de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien tentent ainsi de détecter les gestes suspects dans les aéroports — comme ce voyageur qui porterait un grand manteau par une chaude journée d’été, ou cet autre qui transpirerait à profusion.

Mais la commissaire à la protection de la vie privée, Jennifer Stoddart, n’est pas convaincue que ces techniques aideront les agents fédéraux à déjouer les véritables menaces. «Il y a une énorme possibilité de jugement arbitraire dans ce contexte», a récemment déclaré Mme Stoddart dans une entrevue à La Presse Canadienne. «Ce genre d’initiative — qui n’a pas d’assises scientifiques claires — est extrêmement inquiétant.»

Ce programme est le dernier d’une série de mesures de surveillance dont font l’objet les voyageurs depuis les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis il y a 10 ans.

Le bureau de Mme Stoddart a observé étroitement un projet pilote mené pendant six mois par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien à l’aéroport de Vancouver, pour tester la technique d’analyse du comportement des passagers.

«Le projet pilote, qui a pris fin en juillet, a impliqué une vingtaine d’agents en uniforme qui observaient et parfois intervenaient auprès des passagers», a expliqué le porte-parole de l’Administration, Mathieu Larocque. «Ces agents ne se promenaient pas partout dans l’aéroport: ils étaient postés aux points de contrôle, où les voyageurs font la queue. Ils étaient en uniforme. Ils étaient visibles.»

L’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, créée après le 11 septembre 2001 pour s’occuper de la surveillance des voyageurs, étudie les résultats du projet pilote, et prépare une évaluation de l’impact du programme sur la vie privée des citoyens.

En mai 2010, quelques mois après que le Canada eut accepté de lancer ce projet pilote, le U.S. Government Accountability Office (GAO) — l’équivalent américain du Vérificateur général au Canada — mettait en doute les fondements mêmes du programme d’analyse du comportement des voyageurs mis en place en 2003 par l’Administration américaine de sécurité des transports.

Le GAO a rappelé l’avis du Conseil national de la recherche des États-Unis selon lequel il n’existe pas de consensus scientifique permettant de conclure que l’analyse comportementale pouvait être utilisée de façon efficace pour contrer le terrorisme.

Dans des notes de service internes de Transports Canada, obtenues en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, on admet que l’analyse comportementale des passagers comporte des «dimensions opérationnelles et juridiques complexes, en plus de poser problème en matière de droits de la personne et de la vie privée».

Le ministère fédéral des Transports consultera «les avis du GAO» américain en rédigeant une politique pour l’usage de l’analyse comportementale, et examinera le programme projeté par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, lit-on dans la note de service.

Le ministère insiste cependant sur le fait que la méthodologie de l’analyse comportementale est basée sur des décennies de recherches scientifiques qui concluent qu’il existe «des gestes involontaires et subconscients qui peuvent révéler une tentative de tromperie».

Selon Reg Whitaker, professeur émérite à l’Université York de Toronto et professeur adjoint en science politique à l’Université de Victoria, il est toutefois inévitable qu’une certaine dose de profilage racial s’immiscera dans le système de surveillance.

La commissaire Stoddart, elle, doit remettre son rapport cet automne sur la mise en place des controversés scanneurs corporels et sur l’utilisation des caméras de surveillance dans les aéroports.

L’accent mis sur la surveillance des passagers a toutefois laissé dans l’ombre l’absence de méthodes efficaces pour surveiller les marchandises qui sont chargées tous les jours à bord des avions de passagers.

La «main ferme» du gouvernement est nécessaire pour s’assurer que le fret soit examiné ¸adéquatement, estime le professeur Whitaker.

Cela ne signifie cependant pas que l’accent sur la sécurité des passagers devrait être vu comme des gestes théâtraux dont le seul but est de rassurer les voyageurs. Les mesures de sécurité sont autant là pour décourager d’éventuels terroristes que pour rassurer la population, ajoute M. Whitaker.

«Du théâtre, oui, mais le théâtre a aussi ses vertus.»

 

Par Jim Bronskill, La Presse Canadienne

Rubriques : Actualités, Justice
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